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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 09:31

Jean-Christophe Lagarde le 24 avril2007 à Paris pendant la campagne de François Bayrou (M. FEDOUACH/AFP)

 Jean-Christophe Lagarde le 24 avril2007 à Paris pendant la campagne de François Bayrou (M. FEDOUACH/AFP)

 

Voilà à présent que Jean-Christophe Lagarde, du Nouveau centre, membre de l’UDI à l’Assemblée nationale, veut créer un nouveau parti : Force européenne démocrate (FED). Ce mouvement aura vocation à participer à une confédération centriste menée par… Jean-Louis Borloo ! Une mère n’y retrouverait plus ses petits.

 

Rendu minoritaire aux élections législatives (un peu plus de 5% quand on additionne toutes les étiquettes), le centre n’en finit plus de se démultiplier à un rythme effréné. À tel point que, quel citoyen peut, en toute honnêteté, comprendre ce marais que représentent ceux qui se revendiquent du centre ?

 

L'identité multiple du centre

 

Il est temps de recomposer l’identité multiple que représente en 2012 une famille politique qui ne date pas de la IVe République mais d’un certain Mirabeau, comme le rappelle Jean-Pierre Rioux dans son ouvrage "Les Centristes".

 

- Le parti le plus connu du grand public, né des cendres de l’UDF après le congrès de Villepinte de décembre 2007 et qui fit voter la motion selon laquelle l’UDF devenait le "Mouvement Démocrate" (MoDem), est bien évidemment le mouvement fondé et présidé par François Bayrou en 2007. Comptant jusque 60.000 adhérents en 2007, ils étaient moins de 20.000 aux dernières consultations internes. Avec 3 députés, 4 sénateurs et 5 députés européens.

 

- Le Nouveau centre fut fondé en 2008 des mécontents du MoDem par Hervé Morin qui quitta François Bayrou, sitôt le 1er tour achevé, pour accepter un poste de Ministre auprès de Nicolas Sarkozy. Il put ainsi obtenir un groupe parlementaire bien qu’ayant recueilli 3 fois moins de voix que le MoDem aux législatives de 2007. Ce parti est davantage un parti d’élus que de militants puisqu’il n’a jamais compté plus de 8000 adhérents. Aujourd’hui il compte 12 députés et autant de sénateurs ainsi que 3 députés européens.

 

- Alliance centriste est un parti fondé en 2009 et présidé par Jean Arthuis, sénateur et qui s’est surtout construit sur une petite dizaine d’autres Sénateurs venant de l’ancienne UDF. Elle se veut le lien entre le MoDem que certains estiment le plus à gauche du centre et le Nouveau centre qui revendique par la voix de son Président de ne gouverner qu’à droite.

 

- Le Parti Radical valoisien créé en 1901, son président est Jean-Louis Borloo. On estime même que ses vraies origines remontent à la Monarchie de Juillet. Aujourd’hui il représente 12 députés, 7 sénateurs et 3 députés européens. Le parti s’est associé à l’UMP dès sa création en 2002.

 

- Et donc aujourd’hui, Jean-Christophe Lagarde entend fonder Force européenne démocrate. Lui qui fut en son temps président de Jeunes de l’UDF, avec la participation d’élus du Nouveau centre et d’Alliance centriste… Des élus qui ne se trouveraient pas représentés par Hervé Morin, à qui l’on reproche d’avoir voulu se présenter à l’élection présidentielle et en Jean Arthuis dont les tergiversations avec François Bayrou lui ont coûté très cher aux législatives puisque son parti n’a pas récolté les 1% dans 50 circonscriptions au minimum nécessaires pour obtenir des financements publics.

 

Deux labels

 

Autour de cette création, deux autres labels sont encore à expliquer : l’UDI, l’Union des Démocrates indépendants, qu’a lancé… Jean-Louis Borloo le 20 juin dernier et qui a permis de créer un groupe parlementaire revendiqué "centriste" à l’Assemblée nationale (et que n’ont pas rejoint les deux élus du MoDem) et une confédération des "centre droit" qui permettrait donc de fédérer toutes ces forces du centre et dont Jean-Louis Borloo – encore lui – serait le leader naturel.

 

Si l’on rajoute à cela Philippe Folliot, qui a soutenu François Bayrou pour 2012, tout en étant dans Alliance centriste de Jean Arthuis et qui appelle à présent à fonder un… autre parti (encore !) de Centre-droit, vous comprendrez aisément comment j’ai réussi l’exploit d'égarer autant de lecteurs en quelques lignes que le centre n’a perdu ses électeurs en moins de temps qu’il ne lui en faut pour se reproduire en partis.

 

Une guerre des ego ?

 

Cet amoncellement donne le vertige et l’impression que l’on se sert davantage de la politique pour soi. Or, la politique doit servir à quelque chose et surtout servir les Français. La guerre des centres serait-elle donc avant tout une guerre des ego ?

 

Pendant trois décennies, ce que l’on a appelé le centre, et qui se présentait, pour résumer, sous l’étiquette UDF, était un force d’appoint de la droite, un parti godillot, inféodé au RPR, qui permettait de rassembler au plus large dans une France qui est structurellement majoritairement à droite, et ce de tout temps.

 

Le centre ne se posait pas alors la question de savoir s’il fallait travailler avec la droite ou la gauche, mais comment il pourrait négocier, au mieux, et au prix fort, son engagement au second tour des élections. 

 

Le centre indépendant de François Bayrou

 

François Bayrou est celui qui a rompu avec cette alliance systématique. Depuis qu’il est devenu président de l’UDF en 1998, il n’a eu de cesse de rendre ce centre indépendant de toutes alliance. Plus encore en 2002, quand de nombreux cadres UDF ont fui vers le parti unique de l’UMP, le Béarnais a rappelé que ce n’était pas là la vocation du centre que de se fondre dans une pensée unique : "Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien", s’écrie-t-il à la tribune du congrès fondateur de l’UMP, devant une foule qui le conspue.

 

Chaque nouvelle construction a ainsi engendré des déçus, qui, de leurs côtés, ont conçu leurs propres édifices. Ainsi est née la galaxie centriste.  

 

En regardant de plus près la carrière de François Bayrou, on s’aperçoit qu’il a cherché à définir ce qu’était le centre et c’est sans doute la raison pour laquelle il a fondé tant de partis, comme le rappelle Eric Azières, aujourd’hui chargé des élections au MoDem et qui confiait à Rodolphe Geisler dans "Bayrou l’obstiné" :

 

"À ma connaissance, sur l’échiquier politique actuel, François doit être l’un de ceux qui ont le plus démonté et remonté de structures politiques ; Du CDS à l’UDF, au MoDem en passant par la nouvelle UDF, il n’a fait que ça".

 

Le centre est difficilement saisissable pour le citoyen lambda comme pour celui qui s’en revendique. Quelles valeurs représente le centre ? Être au "Centre", revient-il à n’être ni de gauche, ni de droite ? René Rémond dans "Les Droites d’aujourd’hui", paru en 2005, questionnait sous la forme d’un dilemme la réalité du centre :

 

"S’il existe bien une proportion importante de citoyens qui ne se reconnaissent pas dans la division droite-gauche, est-ce par une volonté claire de ne pas se laisser embrigader ou une impuissance à se déterminer ? Centre ou marais ?"

 

Il faut pour autant en revenir à la sémantique : "être au centre", c’est nécessairement se situer par rapport à quelque chose. Le centre n’existe que parce que la gauche et le droite existent elles aussi, en reprenant la réciproque de l’équation esquissée par Marcel Gauchet dans "Les beaux jours de la division gauche-droite", publié en 2007 dans "La Revue des Deux mondes" : "Pour qu’il y ait une droite et une gauche, il faut qu’il y ait au moins un troisième terme, le centre".

 

Et si l’on regarde nos formations à l’aune de ces définitions, force est de constater que chacune d’elles est dans une impasse.

 

Le Nouveau centre, Alliance centriste ou encore Force démocrate européenne, qu’elles soient régies sous l’UDI ou sous une nouvelle confédération s’entendent sur un point précis : leur politique ne s’entrevoit que dans une alliance politique avec la droite. Dès lors, comment peuvent-elles encore se revendiquer du centre ? C’est un non-sens que les médias entretiennent notamment vis à vis de Jean-Louis Borloo avec une complaisance difficilement explicable. Quand on se sent naturellement à droite, l’on ne peut parler au nom du centre, cela va sans dire.

 

Le MoDem, pas vainqueur

 

Le MoDem n’en sort pas pour autant vainqueur. L'absence du chef au parti et les récents licenciements n'aident pas. En 2007, François Bayrou avait rompu avec le mot centre pour lui préférer les adjectifs "démocrate" et "humaniste". Mais voyant que ces mots résonnaient mal, pour ne pas dire qu’ils ne résonnaient pas dans l’opinion, le premier supposant que les autres formations n’étaient pas démocrates – pure hérésie – le second étant galvaudé par une sur-utilisation.

 

Le "centre" est redevenu le territoire de François Bayrou. Mais que représente-t-il quand toute l’énergie de François Bayrou est employée à enterrer le bipartisme, à expliquer que la France ne se résume à cette hydre à deux têtes gauche/droite, que leur affrontement n’aboutit qu’à un crétinisme ? Et le MoDem serait au "centre" de ce crétinisme-là ?

 

Et qu'est-ce qu'a représenté "Le centre pour la France", l’étiquette sous laquelle les candidats MoDem aux législatives en 2012, si ce n’est une ultime tentative, avortée, de remettre sous une même étiquette les candidats de Jean Arthuis et les siens ?

 

Le centre devient une étiquette qui réconcilie quand il devrait être une famille de pensée.

 

Se revendiquer du centre c’est donc finalement entériner le bipartisme, le reconnaître et par là même participer à sa préservation. Si la volonté est de sortir du sérail du bipartisme, alors aucune de ces formations, qu’elles soient du MoDem ou de l’UDI, ne parviendra à ses fins. Aucune d’elle ne pourra vivre indépendante et libre de ses choix. Elle sera tôt ou tard à la merci des deux "grands".

 

La seule manière de parvenir à créer une autre voie que celle du bipartisme, qui n’empêche pas de travailler avec la droite ou avec la gauche, mais qui préserve l’identité, réside dans une autre appellation et une autre conception de la politique. De celle qui posera les bases d’une VIe République. Celle qui fera des étiquettes partisanes un moyen de rassembler des citoyens autour d’idées et non une finalité en soi. Celle qui cassera le mythe selon lequel le social serait l’apanage de la gauche et l’entreprise celui de la droite.

 

Et force est de constater qu’en se baptisant sur les ruines du centre, aucune formation ne peut prétendre aujourd’hui incarner un tel souffle

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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