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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 07:29

La Cour de Cassation avait-elle conscience que son jugement sur l’affaire de l’employée voilée licenciée de la crèche Baby Loup allait sans doute changer la loi française ? Nul ne le sait. Mais elle ne pouvait ignorer que sa décision serait suivie d’un très vif intérêt et que ses conclusions qui contredisaient les jugements en première instance et en appel, allaient faire couler beaucoup d’encre.

Contrairement à ce que les soi-disant hérauts de l’islam proclament ce week-end à l’annuel Congrès de l’UOIF au Bourget, Ahmed Jaballah, son président en tête, la montée de boucliers face à cette décision n’est pas une discrimination de plus envers l’islam. Ni envers les libertés individuelles. Et encore moins une entrave à l’égalité. Une dernière accusation honteuse qu’Ahmed Jaballah tente d’intrumentaliser en expliquant qu’au “moment où on autorise la loi sur le mariage homosexuel, on émet des propositions de loi restrictives concernant les musulmans, qui ne me paraissent pas constituer des éléments d’égalité”. Honteuse car l’UOIF ose montrer la loi du mariage pour tous en référence quand l’organisation avait déclaré en janvier dernier que le projet de loi constituait une menace de dérive vers la zoophilie et la polyandrie, puisqu’il semble convenu qu’un homme ayant plusieurs femmes étant parfaitement normal pour l’UOIF.

 

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La réalité, c’est qu’aujourd’hui, un établissement ayant pour mission de d’occuper des enfants a le droit d’être confessionnel mais n’a pas le droit de se réclamer des valeurs laïques !

Incroyable paradoxe qui fait les délices des intégristes de tous poils qui s’enfourchent dans la brèche pour repousser, toujours plus loin, les frontières de l’acceptable au sein de la République.

Il n’est pas question ici de changer les règles du privé : ainsi Fanny Truchelut qui avait refusé à une de ses clientes de déambuler en voile dans les parties communes de son hôtel n’a aucune excuse, et n’en aurait eu aucune après la loi qui a été esquissée dans son grand oral par François Hollande : les discriminations envers les femmes voilées dans l’espace public sont des actes intolérables qui prostituent les libertés individuelles et qui doivent être sévèrement réprimés.

Mais l’affaire Baby Loup n’est pas du même cuir : il est question ici d’un établissement, financé en partie par des fonds public qui plus est, et dont la mission est d’intérêt général auprès des enfants. Un établissement qui n’a pas spécifiquement pointé du doigt une femme voilée du jour au lendemain, mais qui avait en vigueur un règlement intérieur datant de 17 ans et que l’employée, adjointe à la directrice avait respecté jusque-là. Il n’y avait qu’à voir en 2008, la présence renforcée des « grands Frères » au tribunal pour intimider Elisabeth Badinter ou encore Jeannette Bougrab, alors présidente de la Halde, ce que cette dernière raconte dans son livre “Ma République se meurt”, pour s’autoriser à croire que le voile n’était, ici, qu’un prétexte pour tester les lois de la République.

Il n’y a dès lors plus de choix : quand il y a une faille, il faut la colmater. Au risque de voir nos valeurs républicaines gangrénées par les germes belliqueux du communautarisme.

Cela ne nous empêche pas d’être vigilants et de prendre conscience que certains instrumentaliseront l’affaire pour assouvir leur haine viscérale envers l’islam : mais le courage politique n’est-il pas justement de mener la bataille sur les deux fronts, celle des valeurs laïques et celle contre le racisme et les discriminations ? Ce qui éviterait à l’avenir de confondre ceux qui combattent l’intégrisme et ceux qui organisent des croisades en pseudo héritiers de Charles Martel.

Aussi, aujourd’hui, plus que jamais, il faut soutenir l’appel lancé sur Marianne par les incontournables Elisabeth Badinter et Jeannette Bougrab, le Président du PRG Jean-Michel Baylet, l’éclairant philosophe Abdennour Bidar, ou encore l’essayiste Caroline Fourest pour que l’on légifère, afin que les établissements privés relevant de l’utilité publique puisse se doter, si leur mission l’exige, d’un règlement relevant des valeurs laïques. Il n’est pas question d’interdire quoi que ce soit ou de restreindre la liberté de croyance, mais juste de préserver la neutralité là où la République juge que c’est nécessaire.

 

Publié sur Médiavox, le 1er avril 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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