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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:15

Jean-Louis Borloo le 06/09/2011 (WITT/SIPA)

Jean-Louis Borloo le 06/09/2011 (WITT/SIPA)

 

Arrivée dans la politique française fin juin, l’UDI ne cesse d’intriguer. François Bayrou qui se croyait seul au centre, et qui n’avait eu de cesse de minimiser les extravagances de Jean-Louis Borloo, trop velléitaire à son goût, a même dû se rendre à la raison : le président du parti Radical avait réussi son coup. Si l’OPA du centre n’est pas encore effective, disons que la greffe est sur le point de prendre. Et le MoDem de voir ses membres partir, les uns après les autres quand le Nouveau Centre, la Gauche Moderne, le CNIP, Alliance Centriste, Force européenne démocrate, Territoire en Mouvement, et même un député de Debout la République n’ont pas su résister au chant de la sirène Borloo.

 

Borloo rajoute de la complexité à la complexité

 

La galaxie centriste est complexe, et l’arrivée de l’astre UDI n’ajoute qu’une ligne de plus à la complexité du système. Et le plus surprenant, c’est que les centristes eux-mêmes ne sont pas bien sûr de savoir ce qu’il propose exactement. A l'heure où le parti n'existe pas encore mais qui entend d'ores et déjà composer un "shadow cabinet", une visite guidée s’impose.

 

Le 18 septembre dernier, quelques jours avant les ouvertures des journées de rentrée du MoDem, Jean-Louis Borloo grille la politesse à François Bayrou et prend toute la couverture médiatique à lui, en lançant officiellement l’UDI, avec une série de ralliement pour le moins impressionnant : au total, ce ne sont pas moins de 30 députés, 31 sénateurs, 5 députés européens (groupe PPE), 105 conseillers régionaux, la présidence de 9 conseils généraux, sans compter les maires de grandes villes tels que Arras, de Valenciennes, de Bayonne, de Bures-sur-Yvette, de Faches-Thumesnil ou encore de Deauville. À vous donner le vertige.

 

En ce sens, l’UDI se veut l’exact inverse du MoDem, à savoir une armée d’élus de terrain. D’ailleurs, le pacte des fondateurs ne s’en cache pas : "Plus que toute autre formation, nous devons valoriser et nous appuyer sur les élus territoriaux."

 

Mais au-delà du CV copieusement rempli, qu’ont en commun tous ces élus ? L’analyse pourrait nous préciser quelques directions. Pour autant, à l’exception notable d’une "europhilie" exacerbée, que retenir des valeurs exprimées que bon nombre de partis appartenant au champ républicain pourrait épouser sans sourcilier : "la République, le respect de l'autre, l'écoute et le dialogue, la place des corps intermédiaires, la tolérance, la justice et l'équité, encourager la responsabilité et le mérite, valoriser les ressources humaines" ?

 

Un centre... à droite

 

Tout juste, l’UDI parvient-elle à éclaircir ce que les Français ont toujours demandé au MoDem, ne comprenant visiblement pas son statut indépendant : l’UDI est "une formation politique totalement indépendante et positionnée au centre droit, car l'indépendance n'est pas l'isolement." Un centre, à droite en somme. 


Logique, douce logique, que ta loi est tordue quand elle se recentre. 

 

Un parti du centre, placé donc à droite, et qui est composé d’une armée d’élus : les amoureux du teasing seront à coups surs séduits mais il n’est pas bien sûr que l’on puisse exactement savoir ce que l’UDI recouvre, si ce n'est une résurgence de l'UDF. Tout juste a-t-elle réussi son entrée médiatique, poussant François Bayrou à la reconnaître, jusqu’à appeler de ses vœux à la réunion des centres. Une précipitation bien surprenante quand on en sait aussi peu d’une nouvelle formation, à l’exception des personnalités qui la composent et que le président du MoDem appelle à la tolérance en respectant que l’on puisse ne pas vouloir se circonscrire au centre droit.

 

Sans plus attendre le congrès fondateur du 21 octobre, j’ai voulu en savoir davantage et j’ai eu la chance de rencontrer cette semaine Jean-Noël Verfaillie, secrétaire général du Parti Radical Valoisien, et donc proche de Jean-Louis Borloo, à qui il affirme avoir composé le fameux calcul qui avait fait du fondateur de l’UDI un pro du stand-up, attaché parlementaire de Dominique Riquet, député européen dans le cadre d’une réunion des jeunes centristes à Lille.

TSCG : le sketch de Jean-Louis Borloo à... par LeLab_E1

L'UDI, pas vraiment porté par des valeurs et un projet

 

Le jeune homme, qui est passé par l’UMP, explique malgré une affiche derrière lui qui regroupe tous les logos des partis qui l’ont rejoint, que l’UDI n’est pas une confédération mais est un parti. La nuance est d’importance car il n’est pas bien sûr que chacun, même chez les initiés, l’avaient entendu ainsi en juin.

 

Sémillant et pédagogue, il a commencé par expliquer son travail à Bruxelles, dessinant les contours d’un projet européen que l’UDI entend porter, et qui revendique fièrement une Europe fédéraliste, qui abandonnerait sa souveraineté nationale ce qui, à l’en croire, augmenterait la souveraineté citoyenne.

 

Un projet qui, s’il ne peut qu’intéresser l’Européen convaincu que je suis, me laisse dubitatif quand on sait que François-Xavier Villain qui fut vice-président de "Débout La République", le parti de Nicolas Dupont-Aignan, et qui n’est pas connu pour un européanisme forcené, a rejoint ses rangs. De même que le CNIP, le Centre national des indépendants et des paysans qui a fait notamment liste commune, justement, avec Debout la République lors des régionales…

 

Mais au-delà de l’Europe, Jean-Noël Verfaillie parle de la future UDI pour en définir clairement les contours. Ce parti se place clairement à droite d’un échiquier politique, refusant toute alliance avec le PS qui travaille main dans la main avec le Front de gauche (sic), et ce malgré la décision d'appeler du bout des lèvres à voter les emplois avenirs. Ainsi, pour les européennes de 2014, l’UDI aura vocation à se ranger dans le PPE (parti populaire européen, la droite de l’Assemblée), d’autant plus volontiers, que, précise-t-il, le groupe majoritaire pourra en 2014 décider à lui tout seul qui présidera la Commission européenne. Et le jeune homme de se réjouir sans pudeur de cette influence sur le pouvoir non négligeable.

 

Mais les européennes semblent donner du chagrin au jeune homme, qui explique, peiné, que le scrutin de liste risque de poser des problèmes car la déroute législative de la droite en juin dernier imposera de "recaser tous les losers" au détriment de députés compétents. Le propos a le mérite de la sincérité mais indique clairement une donnée fondamentale et que le pacte fondateur révélait en filigrane : l’UDI a vocation à être avant tout partisan, avant d’être un vecteur d’idées et de valeurs.

 

Ceux qui l'ont rallié respectent-ils le "pacte" ?

 

Et l’examen précis de ceux qui s’abritent déjà dans l’arche de Borloo ne résiste pas à ce constat implacable :

 

Alors que le pacte fondateur prône sans ambigüité "la République, le respect de l'autre, l'écoute et le dialogue, la tolérance, la justice et l'équité", comment accepter qu’Edouard Fritch puisse expliquer au sein de l’Assemblée nationale, le ventre même de la République, que "le christianisme est devenu une valeur de la société polynésienne" et que "la laïcité n’a pas la même prépondérance que dans l’hexagone" ?

 

Comment accepter que Jean-Christophe Fromantin ait annoncé qu’il préférait, en sa qualité de maire, s’en référer à sa liberté de conscience, plutôt que de faire appliquer une loi si elle venait à être votée, lui qui est représentant du pouvoir exécutif (et législatif par la même occasion depuis juin) ? Le maire de Neuilly qui n’est pas un simple "rejoignant" puisqu’il a été catapulté vice-président de l’UDI, responsable du projet politique du parti ! Lui qui entend ne pas respecter la loi ! Troublant projet.

 

Comment accepter que l'UDI puisse accepter les valeurs prônées par le CNIP, quand son président, le député-Maire de Chôlet, Gilles Bourdouleix, a apporté, au nom de son parti son "total soutien" à François Lebel maire du 8e arrondissement de Paris, pour qui homosexualité, inceste, pédophilie, consanguinité et polygamie sont du même ordre ?  Le CNIP ce fameux parti républicain, qui fit alliance en 1986, lors des législatives, avec le Front national de Jean-Marie Le Pen...

 

Car si l’UDI entend se placer à droite, qu’a-t-elle d’autres à apporter si ce n’est que faire barrage aux dérives extrémistes qui avaient causé en grande partie la rupture du Parti radical avec l’UMP ? Mais quelle légitimité accorder à un barrage lui même gangréné par des valeurs brunes ?

 

Quelles ambitions pour l'UDI ?

 

Comment en outre proposer une politique claire et franche, quand vos composantes ne composent pas la face d'une même pièce ? D'ailleurs l'affaire des "emplois d'avenir" annonce déjà la couleur de la gabegie annoncée quand il explique : "Cet après-midi, nous allons tous voter le texte des emplois d'avenir, en tout cas il n'y aura aucun vote négatif et la très large majorité des députés UDI voteront pour." 

 

Mais où veut réellement en venir l'UDI, qui semble davantage tenir à la personnalité rassembleuse de Jean-Louis Borloo qu'à des valeurs et un projet communs ? Où en est Borloo lui même quand on ne sait plus très bien si sa véritable rupture avec l’UMP provient d'une divergence de vision ou de la déception de ne pas avoir été nommé Premier ministre ?  

 

Les utopistes rêveront d'être calife à la place du calife, et Jean-Noël Verfaillie en parla à Lille, histoire de donner du rêve aux troupes.

 

Les plus pragmatiques, ou les plus cyniques, c’est selon, espéreront tout simplement peser suffisamment pour monnayer leur poids électoral.Sempiternelle légende de la politique, qui a l'outrecuidance de mettre en scène les mêmes personnages.

 

Car s’il est une chose qui est certaine, c’est que si l’UDI regroupe des personnalités sincères, et soucieuses de défendre un projet ambitieux, il y en d’autres, bien d’autres qui se revêtissent des oripeaux du centrisme, mais Tartuffe, cachent en eux l’adage selon lequel leurs futurs portefeuilles valent toujours plus que vos valeurs.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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