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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 09:23

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

Marine Le Pen et son équipe FN à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la présidente du Front national n’a pas raté son année électorale. Disons-le même avec franchise : c’est certainement elle qui sort grand vainqueur de cette année 2012, si l’on excepte le PS, qui devra tout de même composer avec une crise européenne de plus en plus périlleuse, ce qui n’annonce pas des lendemains qui chantent pour les élections à venir. Le FN n’a pas ce genre de soucis, n’ayant la tête d’aucun exécutif.

 

La feuille de route pour 2012 de la Madone de Saint-Cloud était claire et comportait trois objectifs, dont le dernier s’est dessiné en cours d’année.

 

1. Le premier était de renflouer les finances du parti. On le sait, le FN s’est très mal remis de sa scission de 1999 avec les mégrétistes et son conflit avec l’imprimeur Le Rachinel contraignit le parti à se séparer de son célèbre Paquebot, après des mois de doutes et l’épée de Damoclès de la faillite du parti en suspens. L’objectif était donc de faire le plein de voix au 1er tour des législatives, qui subordonne le financement de l’État à raison de 1,63 euro par an et par électeur.

 

Oubliés, les 4,29% de 2007 : avec plus de 3,5 millions de voix, le Front national obtient près de 6 millions d’euros de financement de l’état pour les cinq années à venir. Un véritable trésor de guerre qui aura toute son importance, surtout pour un parti qui se définit comme "une entreprise", comme l’a rappelé la toute fraîchement élue Marion Maréchal-Le Pen.

 




2. Le deuxième tenait à la méthode employée pour maximiser le financement : dédiaboliser le FN. Et cette fois-ci, le coup fut double : voter pour Marine Le Pen s’assume bien plus que voter pour le FN de Jean-Marie, comme l’a démontré encore une fois "Envoyé spécial" du jeudi 14 juin dernier dans son reportage à Hénin-Beaumont. Les langues se délient et aujourd’hui, les sympathisants ne se cachent plus.

 

Mais au-delà de ce vote décomplexé, c’est bien évidemment vers la droite que les yeux se tournent. Comprenant la faillite de Sarkozy, l’ancien président l’ayant compris lui-même, l’UMP n’a pas rechigné à faire les poches du Front national pour tenter le tout pour le tout. En allant encore plus loin qu’en 2007, quand Nicolas Sarkozy était parvenu à siphonner les voix de Jean-Marie Le Pen.

 

Cette fois-ci, ce fut l’artillerie lourde qui fut choisie : on commença par s’approprier une idée du programme comme la présomption de légitime défense des policiers, ce qui revenait à préparer un État de non droit pour les citoyens français, puis distiller des images anxiogènes comme le fameux panneau  "douane" écrit en français et en arabe dans le spot de campagne de l’entre deux tours (sans parler du spot des législatives).

 

Enfin et surtout faire sortir du bois, tous ceux qui, dans leur for intérieur, pensaient comme Marine Le Pen et ses électeurs. Nadine Morano en fut l’illustration la plus baroque quand, quelques minutes à peine après 20h au soir du 1er tour des législatives, elle lança un appel sans ambigüité au Front National avec une indécence et un cynisme tels qu’ils firent voler en éclats la digue, la fameuse qui séparait l’extrême droite de la droite républicaine. Puis il y eut la une de Minute, "l’affaire Dahan".

 

Nadine Morano piégée dans un canular par Gérald Dahan

 

D’autres s’engouffrèrent dans le courant. Si bien que la digue ne se trouve plus entre les deux, mais bel et bien au milieu de l’UMP à présent. Non seulement Marine Le Pen est parvenue à rendre fréquentable son parti, à dédiaboliser ses idées, mais encore plus fort, elle est parvenue à imposer ses thèmes et ses "valeurs" à la droite toute entière. Et tous ceux qui paradent en expliquant que cette stratégie fut perdante puisque Morano, Guéant et autres Barèges ont perdu lors de ces législatives, ont un peu trop oublié qu’il y a plus important qu’une victoire pour mesurer l’ampleur des dégâts : l’assimilation au sein même de la République des idées du Front national.

 

3. Le troisième objectif était, lui, de faire élire un maximum de cadres du FN. Celui-ci est venu en cours de route car le scrutin majoritaire n’a jamais favorisé ce parti et en janvier dernier, Marine Le Pen ne se faisait guère d’illusions quant à l’idée de voir un successeur aux Stirbois. Mais l’appétit venant en mangeant, les présidentielles ayant accouché du plus gros score que le FN n’ait jamais obtenu, et surtout la mise en scène médiatico-politique de cet affrontement aussi bestial que contre-productif entre les présidents des deux Fronts, Mélenchon travestissant son combat salutaire de la présidentielle en pathétique guerre des egos, ont permis à Marine Le Pen de voir plus loin.

 

Marine Le Pen future candidate unitaire de la droite ?

 

Gilbert Collard et la nièce de Marine, Marion Maréchal Le Pen, ont donc permis d’atteindre ce troisième objectif inespéré. Et il aura fallu 118 voix pour empêcher Marine Le Pen de faire le grand chelem. Mais tous ceux qui voient en cet échec sur le fil une victoire sur le FN se font des illusions : son score à Hénin-Beaumont lui permet d’envisager sereinement les municipales en pouvant même espérer une élection dès le premier tour pour le local Steeve Briois.

 

Et au-delà de cette prise symbolique d’un bastion de gauche, c’est la bataille pour 2017 qui a déjà commencé. Et nul ne sait à présent si, à force d’avoir cédé à la tentation bassement électoraliste de flatter la xénophobie, la droite ne s’est pas trouvée malgré elle sa candidate, si ce n’est naturelle, disons légitime. Pauvre République.

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Published by Yves Delahaie - dans Du Front National
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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