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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:14

Grotesque celui qui pourra m’accuser d’être parti pris dans l’affaire de la semaine concernant "Charlie Hebdo". J’ai toujours pris fait et cause pour le journal, et ce dès la publication des premières caricatures de Mahomet en 2006, jusqu’à celle de l’attentat de novembre 2011 suite à "Charia Hebdo" en passant par celles de "Intouchables 2". Et ceux qui, d’une mauvaise foi guidée parfois par une inculture crasse, reprochaient à l’hebdo de ne viser que l’islam, Monseigneur Vingt-Trois et sa sortie inqualifiable dans le débat sur le mariage pour tous leur permit de se rappeler au bon souvenir de chacun qu’ils s’attaquaient aux intégristes de tous poils. Tous.

 

Le droit de caricaturer

 

Le blasphème est permis en France depuis la Révolution française, à l’exception notable de l’Alsace-Moselle, au nom d’un concordat auquel il faudra tôt ou tard tordre le cou, car on ne peut souffrir de tels écarts quand on se veut aussi rigoureux avec la laïcité, à moins de ne rentrer dans l’argument préféré des intégristes, le "deux poids deux mesures".

Et comme je le disais, la caricature est même un devoir quand les revendications communautaristes perturbent le jeu, comme celles qui consistent à vouloir revenir sur les lois concernant les signes ostentatoires à l’école, qui figurent dans les doléances du sulfureux CCIF, ou encore quand les catholiques extrémistes outrepassent leur droit de parole pour se faire plus pressant et interférer dans les lois de la République comme dans l’affaire du mariage pour tous.

 

sine-.jpg

La fonction de "Charlie Hebdo" est de caricaturer et de puiser sa force dans l’actualité. Il est vain de lui reprocher de vendre davantage de papier quand leur plume fait polémique. Cela reviendrait à nier une évidence de fait.

Pour autant, la une de cette semaine fait-elle partie des caricatures ?

 

Val-Siné, un duel d'un autre temps

 

Difficile de comprendre pour celui qui n’a pas suivi l’affaire de "Charlie Hebdo" et de Siné datant de 2008. Un autre temps, puisqu’à l’époque c’est Philippe Val qui était rédacteur en chef, avant qu’il ne soit nommé à la direction de Radio France…

En juillet 2008, l’affaire du scooter du fils du président fait la "une" de l’actualité alors que Nicolas Sarkozy semble avoir usé des moyens de la République pour retrouver le responsable du larcin. Dans l’élan, Siné signe un édito qui va faire couler encore plus d’encre. Rappelant l’affaire, il explique ainsi :

"Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !"

En réalité, la polémique ne naît pas dès la sortie du journal mais fait son chemin quand Claude Askolovitch dénonce sur RTL "un article antisémite dans un journal antisémite". Siné est sur le point de publier une lettre d’excuse quand il découvre que Val était sur le point de publier un texte où il lâchait Siné et qu’il essayait de faire signer par toute la rédaction de "Charlie Hebdo". Siné revient sur son intention et décide de ne rien publier du tout.  

La grande question qui met en émoi tout Paris est de savoir si les allusions de Siné sont antisémites ou non. Parce qu’à relire l’édito, l’attaque semble davantage autant porter sur l’opportunisme et l’arrivisme du jeune Sarkozy bien plus que sur les éternels clichés des relations entre les Juifs et l’argent. Si bien que beaucoup estiment que cette affaire est au moins autant due à une atmosphère délétère qui régnait dans la rédaction de "Charlie Hebdo" qu’à la portée réellement antisémite des propos de Siné. Accusation d’autant plus suspecte de la part d’un homme qui appelait la France à reconnaître son rôle dans la Shoah

 

Un petit règlement de compte

 

Toujours est-il que si l’affaire fut portée en justice, ce fut bel et bien pour ses conséquences, à savoir le licenciement abusif de Siné qui a abouti à la condamnation de l’hebdo, confirmé donc en appel cette semaine, avec une augmentation des dommages et intérêts à 90.000 euros.

Si l’affaire revient dans l’actualité judiciaire, quel besoin était pour "Charlie Hebdo" d’en faire sa une ? Au nom de quelle actualité qui intéresse tous les Français ? Et surtout au nom de quels combats de "Charlie Hebdo" ?

La publication légale du communiqué judiciaire sommant la condamnation de l’hebdo est ici détournée par un dessin qui ressemble davantage à un règlement de compte, avec une attaque ad hominem à peine dissimulée, entre la perfusion de champagne et le "Santé" souhaité avec ironie.

Car nulle caricature ne pourra tordre la réalité : non, Siné n’a clairement pas tenu des propos antisémites, sinon à en voir partout de facto. Oui, Val a clairement mal géré la situation, d’autant qu’étant directeur de la publication de l’époque, il est au moins autant responsable que Siné de la publication de l’édito, et qu’il n’y avait aucune raison que l’un paye et l’autre non. Oui, Siné avait le droit de porter plainte comme l’aurait fait tout salarié victime d’une injustice, d’autant que son licenciement fut public et qu’à jamais le nom de Siné sera associé à l’antisémitisme. Calomniez, il en restera toujours quelque chose.

Et puis surtout, quel spectacle pathétique que de raviver de la sorte une polémique qui pour beaucoup est celle d’un autre temps, celle du "Charlie" version Val, quand le nouveau "Charlie" tente de se faire une autre identité. Cette prise de position sous la forme d’un règlement de compte n’a rien à faire dans un journal dont la vocation est de faire de l’humour tout en revendiquant certains idéaux. Pas pour panser les plaies de son ego.

Alors que l’hebdo vient d’être assigné en justice pour "incitation à la haine raciale" pour ses publications de septembre, certains hérauts de l’islam de France espérant sans doute rétablir le délit de blasphème, il y avait mieux à faire, mieux à écrire, mieux à dessiner. Assurément. 

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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