Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 08:10

Dimanche soir, peu avant 20h, alors que l’on annonçait un résultat partiel mais consolidé de Jean-Louis Costes, l’ambiance n’était pas à la fête. Prudence semblait mère de sureté et il ne fallut véritablement que l’annonce de la défaite par le FN, d’abord par Florian Philippot, puis par le candidat FN lui-même, pour entendre enfin un discours de victoire. Sans emphase.

Et pour cause. La victoire de l’UMP à Villeneuve-sur-Lot n’est qu’électorale. Politiquement, c’est une épée de Damoclès qui se dessine, toujours plus proche au-dessus de la tête de la République.

villenfn.jpg

Quand Jean-Marie Le Pen atteint le second tour de la Présidentielle en 2002, son score brut ne progresse que de 1 point entre le premier et le second tour, laissant le président sortant être réélu avec un score de République bananière. Cet échec brutal, marqué par des manifestations d’une densité exceptionnelle qui affectèrent durablement la famille le Pen, comme en témoignera l’actuelle présidente du FN dans son autobiographie A contre flots, sera la marque de fabrique de ce parti. Le Front national était un parti pour faire peur, épouvanter les élus en place, l’establishment comme l’appelait Jean-Marie Le Pen, qui n’avait pas vocation à gouverner. Les électeurs pouvaient ainsi en toute lâcheté dans l’isoloir voter pour un parti, qui, même en cas d’accident avec une qualification au second tour, n’avait aucune chance ou presque d’accéder au pouvoir (ou presque eu égard aux expériences municipales qui restèrent, il faut le rappeler, dans les annales de la Justice française…).

Aujourd’hui il n’en est rien. En 11 ans, le Front national, bien aidé par une succession patrimoniale parfaitement réussie, par un maquillage d’une exceptionnelle efficacité pour occulter les négationnistes, les intégristes cathos ou encore les fachos trop racés et par un pillage méthodique de l’UMP dans le programme nationaliste, est devenu un parti qui revendique le pouvoir. N’en déplaise à Jean-François Copé qui s’est évertué ce dimanche à prétendre le contraire, quand il aurait mieux fait d’expliquer avec plus de clarté sa différence idéologique avec le FN plutôt que de ne citer que la capacité de ce dernier à surfer sur les peurs. Il y avait pourtant bien d’autres choses à dire pour marquer sa différence que de souligner, bien au contraire, ce qui a marqué sa propre rhétorique politique.

Quand le FN atteint le second tour dans un duel en 2013, il ne stagne plus. Il ne progresse plus de seulement 10 points. Dans la troisième circonscription du Lot-Et-Garonne, Etienne Bousquet-Cassagne a presque doublé son score entre le 1er et le second tour. Alors que la participation a, elle aussi, progressé de plus de 5 points, laissant augurer un sursaut républicain. Impensable il y a encore peu de temps alors qu’un front de la même épithète avait été évoqué.

Et c’est sur cet unique point qu’il faut reconnaître la pertinence de la déclaration de Jean-François Copé ce dimanche soir : le front républicain n’existe plus. Il faut dire que le président contesté de l’UMP en est le principal fossoyeur, depuis les cantonales de 2011 durant lesquelles il s’était opposé à cette ligne pourtant exercée depuis plusieurs décennies.

Bien au contraire, le « front républicain » devient contre-productif, alimentant le poujadisme du FN qui vogue sur la vague Marine UMPS. Ce « front » qui fait s’allier des ennemis idéologiques renforce le FN, qui devient finalement « le » parti d’opposition et surtout qui confirme que la frontière idéologique actuelle n’est plus celle qui fracture la gauche et la droite mais bien celle qui sépare les européistes de ses sceptiques (ou de ses « septiques » quand il s’agit du FN, partisan du rétablissement des frontières pour les raisons que nous tairons).

Dès lors, que faire en cas d’un second tour dans lequel le FN aura gagné sa place sans triangulaire ? Ce sera certainement un des axes de réflexion à mener tant au PS qu’à l’UMP, les partis du centre que sont le MoDem ou encore l’UDI ne se posant pas tant de questions sur le concept d’une « cohabitation », choisie ou non.

Les deux députés FN de l’Assemblée nationale avaient été élus en 2012 par deux triangulaires. A présent, le FN n’entend plus seulement troubler le jeu électoral. Ses prétentions sont colossales. Et bien avant les Municipales et encore plus les Européennes, qui avec un scrutin strictement proportionnel pourraient offrir une victoire historique du FN dans une élection à dimension nationale, il restera une autre élection législative partielle dans la 3ème circonscription des Bouches-du-Rhône, avec un Stéphane Ravier plus favori que jamais et que le score de Villeneuve-sur-Lot a du mettre en appétit.

Oui. Naïfs, si naïfs ceux qui ont cru hier soir à la défaite du Front national.  

 

Publié sur Médiavox, le 24 juin 2013.

Partager cet article

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche