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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 14:22

Alors que la presse écrite, assez malmenée financièrement, redouble de qualité dans la maîtrise de la langue (même un journal spécialisé comme L’équipe utilise une docte langue, loin d’être ridicule), la radio et la télévision sombrent dans une prostitution de la langue, tant pour appâter le chaland, que par l’incompétence et des journalistes ou autres présentateurs à la maîtriser dans le discours oral.


Les fautes sont multiples, qu’elles soient grammaticales avec le non accord du participe passé avec l’auxiliaire « avoir » quand le COD est placé avant le verbe (*« la décision que j’ai pris »), lexicale avec une tendance exacerbée au pléonasme (* « au jour d’aujourd’hui », * « voire même »), une syntaxe inique (* « malgré tout »), les anglicismes (* « basé sur » pour « fondé sur ») et bien évidemment le néologisme («les  nominés sont »).


Ce qu’il y a de dramatique, cette que c’est déperdition de la langue, non contente de ne choquer plus grand monde, copie autant ce langage du quotidien qui se délite qu’il ne le conforte dans ses travers. Prenons un exemple qui a provoqué tant et tant de polémiques : le fameux « nominés ».

Alors que Secret Story bat des records de violence, de vulgarité, mais aussi d’audience, personne ne peut échapper aux « nominations », ce qui en soi n’a rien de choquant. Mais dès lors que l’on est « nominé », la langue faillit ! Et quelle faillite !


La polémique ne date pas d’hier : elle entra de plain-pied dans nos débats dans les années 80 avec la multiplication des cérémonies honorifiques : Cesar, Victoires de la Musiques, Moliere, 7 d’or… Au début de chaque année les « nominés » faisaient saigner en règle toute oreille un tant soit peu attentive à la langue.

Rappelons le champ sémantique de l’étymon : « nommer », « nommé »,  « nomination ».

Autrement dit, les candidats sont « nommés » et non « nominés », puisque ce déverbal provient par définition du verbe et non du nom !


Mais le tic est devenu un toc puis un mot, et arriva ce qui arriva : le terme fit son entrée dans le dictionnaire.

Pourquoi ? Pour coller à l’usage nous dit-on ! Mais quel est le rôle d’un dictionnaire : refléter la langue du quotidien ? Ou bien au contraire prescrire la bonne langue et par là-même proscrire les écarts  et autres abus de langage ?

J’entends déjà les railleurs, qui vont dégainer plus vite que Frédéric Lefebvre, en balançant des « réac »… en réaction ! L’on me reprochera de ne pas accepter que la langue évolue, se simplifie quand le français regorge d’exception inique. Et De Closets à la rescousse avec son pamphlet ridicule contre l’orthographe !


Mais d’une part, notre langue est un patrimoine culturel, une richesse que l’on nous envie à travers le monde et qui reste une exception, et même le symbole d’une certaine noblesse qui permet l’expression des idées les plus subtiles, quand l’anglais, pourtant très riche aussi, s’appauvrit jour après jour, à force de tendre à l’universalité, en ne conservant qu’une centaine de mots d’usage…


D’autre part, pour reprendre le mot « nominé », en quoi est-ce là une simplification du langage ? N’y a-t-il pas moins de lettres dans le participe « nommé » ?


Et pourquoi inventer des mots qui existent déjà ? L’argument des « modernistes » n’est-il pas qu’il y a déjà trop de mots difficiles dans la langue française ? Les élèves sont les premiers à hurler quand on leur donne des synonymes pour enrichir leur langue, prétextant que s’ils sont synonymes, autant ne connaitre qu’un des termes proposés. Et ils sont les mêmes à inventer leurs propres mots non pour pallier les éventuelles carences de notre langue mais pour créer de nouveaux doublons aussi stériles qu’inutiles ! Où est la modernité dans tout cela ?

Notre langue est bien vivante et peut parfaitement évoluer : quand un concept se crée, il faut bien savoir le nommer. Mais recréer des mots déjà existants n’a rien d’une quelconque modernité de la langue. Bien au contraire. C’est l’apologie de la paresse d’apprendre. C’est la dénaturation de notre patrimoine et un appauvrissement drastique et dramatique d’une langue qui a plus de 1200 ans d’histoire. Reliquat d’un latin populaire, auquel il faut rajouter quelques emprunts, elle se doit d’être préservée tel un héritage de famille. Et rappelons-le au risque de radoter : un citoyen qui ne maîtrise pas sa langue, ne maîtrise pas la pensée.



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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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commentaires

Stephie 02/09/2009 20:01

Si tu crées un club de réacs de ce type, je prends ma carte de membre. Tu imagines à quel point j'entends la langue française malmenée chaque jour. Et quand on sait l'influence des médias sur nos bambins...

Stephie 02/09/2009 20:01

Si tu crées un club de réacs de ce type, je prends ma carte de membre. Tu imagines à quel point j'entends la langue française malmenée chaque jour. Et quand on sait l'influence des médias sur nos bambins...

Orange fluo 02/09/2009 15:47

Tout à fait en phase avec cet article, "L'homme qui sait penser et ne sait pas exprimer ce qu'il pense est au niveau de celui qui ne sait pas penser" comme le rappelait si justement Thucydide à Périclès.

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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