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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 14:08

Juillet 2012. Tout fraîchement élu, le Président François Hollande, sans doute, sait-il déjà que ses promesses économiques de la campagne présidentielle sont autant de chèques en blanc signés à la France et aux Français qui lui coûteront chères. Très chères.

Aussi, quand Jean-Marc Ayrault annonce le 3 juillet lors de son discours de politique générale le projet de loi imminent de l’ouverture du droit du mariage et de l’adoption aux personnes de même sexes pour l’année 2013, personne n’est dupe de la volonté du gouvernement de marquer son empreinte par une mesure forte et sociétale pour masquer non sans cynisme ses carences, à moins du miracle d’une croissance retrouvée, qui ne viendra d’ailleurs jamais. Pas même les progressistes.

Pour autant, doit-on attendre les moments de prospérité pour honorer le pilier central de notre devise républicaine ? Peut-on mégoter quand l’égalité des droits est en jeu ?

A ce moment-là, personne non plus ou presque ne s’intéresse réellement à la question. Presque, car dans l’ombre Christine Boutin et Alain Escada de l’Institut Civitas entament leur longue croisade médiatique en promettant l’Apocalypse ou encore Sodome et Gomorrhe. A l’époque, intrigué par cette effusion, et encore marqué par la manifestation de janvier 1999 organisée par la première citée, autour de tout ce que la France compte d’intégristes, au son de « les pédés au bûcher », je m’intéressais de près à leur nouvelle dialectique, étonnamment adaptée à la modernité médiatique.

Mes proches me regardaient avec étonnement mais aussi un peu avec condescendance en considérant que je m’intéressais à un épiphénomène, à une frange marginale sans importance qui n’aurait aucun retentissement. 

Un an et demi plus tard, le constat est pourtant alarmant : la France est sous haute influence extrémiste et intégriste. Ni plus, ni moins.

civitas.jpg

Pour autant, les extrémistes ont-ils fait des petits ? Pas nécessairement. Aucun indice n’indique une augmentation des effectifs des groupes factieux ou des fous de Dieu par rapport aux années 90. Mais la grande différence avec ce qu’il se faisait auparavant, c’est que l’archaïsme de fond s’est drapé des oripeaux de la modernité.

Ultra activistes sur les réseaux sociaux, parfaits clients pour les plateaux télé, adeptes du double discours, les extrémistes ont parfaitement compris ce que l’opportunité du discours décomplexé pouvait leur apporter. Et à ce titre, l’UMP sarkozyste portera une responsabilité indélébile et odieuse que l’Histoire ne devra pas occulter.

Aujourd’hui, s’ils ont perdu la bataille du mariage pour tous, ils fêtent le recul du gouvernement sur la PMA. Et, dans la foulée, ont imposé dans les consciences une hystérie collective sur la prétendue théorie du genre. Certains maires enlèvent des livres des bibliothèques sous la pression des groupuscules, ou les placent hypocritement à des endroits inaccessibles, la République accepte que son école soit boycottée par la grâce d’un SMS malveillant, et une bonne partie de la population pense que l’affaire Dieudonné se circonscrit à une question sur la liberté d’expression.

Car c’est bien là leur coup de force : parvenir à imposer les calomnies et les mensonges les plus grotesques dans le débat, au nom de la liberté d’expression, afin de faire considérer leur point de vue, pourtant délirant, comme une opinion qui en vaut une autre. La simple mise en débat suffit donc crédibiliser ce que le bon sens aurait écarté sans crier gare. Forts de hérauts communicants bien implantés comme Eric Zemmour, qui ne se cache même plus d’être activiste dans ce qu’il appelle un lobby contre la « féminisation » et « l’homosexualisation » de la population, les extrémistes font du marginal et de l’infinitésimal, un courant de pensée que le Peuple avale avec une crasse inculture.

Le phénomène n’est pas typiquement français : en Espagne une large majorité des citoyens sont contre la révision de la loi contre l’avortement, y compris dans les rangs catholiques. Et pourtant le gouvernement semble décidé à donner du crédit une la part sombre et marginale des intégristes qui veulent substituer la loi par la foi.

Combien de temps encore l’Europe cédera-t-elle à l’influence grandissante des extrémistes et des intégristes ? Faut-il attendre (et souhaiter ?) un cataclysme en juin prochain dans les urnes pour voir les véritables républicains reprendre la main.

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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