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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 19:33

Le temps est-il enfin venu de parler de programme pour cette campagne présidentielle ? Entre lesaccords de circonscriptions, les querelles des cumulards nantis et les affaires scabreuses qui n’en finissent plus d’entacher le quotidien de nos médias, il serait sans doute temps, à cinq mois d’une élection qui traditionnellement est celle qui mobilise et a fortiori intéresse une large majorité de Français. Alors François Bayrou arrive en campagne et parle programme. Pas des promesses. Une vision claire, nette sur l’avenir. Un discours de vérité.

 

François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 le 30 novembre 2011 (L.BONAVENTURE/AFP)

 

Il faut bien dire que le Président du MoDem a une certaine légitimité. Pour se présenter. Mais pas seulement. Pour être le porteur d’un discours crédible. N’est-ce pas lui qui avait notamment articulé toute sa campagne 2007 autour de la dette et de la Crise à venir, ses principaux adversaires traitant celui qu’il considérait comme Cassandre avec condescendance, notamment sur sa volonté d’inscrire dans la Constitution l’impossibilité de proposer à l’Assemblée un budget déficitaire en temps normal ?

 

Cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy a essayé en vain de faire voter sa règle d’or à un PS qui s’y refuse en disant avec une grande maturité : "la dette, c’est pas nous, c’est eux". Enfantillage que de se quereller pour savoir qui est le coupable quand la seule question qui vaille en ces temps incertains c’est comment et quand on va s’en sortir.

 

La responsabilité des gouvernements à gauche et à droite

 

Pour François Bayrou, il n’y a d’ailleurs pas de vainqueurs dans ce faux débat : les gouvernements de gauche et de droite qui se sont succédés dans l’infernale cadence bipartite ont tous leur part de responsabilité dans leur incapacité à n’avoir pas pu anticiper la dette. Et c’est avec la lucidité de celui qui peut dire "je vous l’avais dit" que le Béarnais rentre en campagne. Non pas pour parader, car comme il le rappelle "tout était prévisible". Mais pour proposer la voie de la sagesse.

 

A mille lieues de la démagogie de ceux qui font des promesses intenables "prisonniers d’un programme et d’alliances qui ne peuvent pas répondre aux questions du pays".  De cela, François Bayrou parle au nom des Français : "Des promesses, les Français en ont leur compte. Ils veulent du crédible, pas des annonces sans lendemain où l'on oublie ce que l'on avait dit la veille !". A mille lieues aussi de ceux qui "annoncent une nouvelle loi sur la délinquance des mineurs la cinquième en cinq ans", en tentant de faire diversion sur la véritable impunité en France, quand la véritable impunité réside dans ceux qui créent le désordre et les inégalités sociales ! Des lois de diversions pour tenter de faire oublier la gabegie de la dernière lustre, et plus encore, si l’on remonte dans le temps. Une politique de l’émotionnel qui puise sa force dans l’énergie de la démagogie.

 

La politique par la raison

 

A la politique de l’émotionnel, il n’y a qu’une seule réponse, qu’une seule voie, qu’une seule sagesse : celles du rationnel. On ne gouverne pas pour flatter et pour sécher les larmes ou abreuver la colère. Ce n’est pas cela la justice.

 

Et l’idée d’une justice sociale commence par l’impôt. Et contrairement à Nicolas Sarkozy dont l’une des premières mesures fut l’établissement du bouclier fiscal, symbole de la société inégalitaire voulue par le locataire de l’Elysée, François Bayrou propose de relever l’actuelle tranche fixée à 41% pour la porter à 45% tout en créant une autre supplémentaire à 50%. Une manière de faire porter davantage l’effort sur les salaires les plus confortables et de faire taire ceux qui critiquent la proposition des 2 points de TVA supplémentaires qui permet de trouver de la liquidité immédiatement sans recourir à la dette qui devient abyssale.

 

Au-delà de la fiscalité, la grande proposition de François Bayrou est bien évidemment celle de la ré-industrialisation et notamment en incitant à acheter français. Une mesure qu’il a notamment détaillée dimanche soir au micro du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro : "ce n’est pas un gros mot". L’expression est d’autant plus pertinente qu’elle rappelle qu’il est une nécessité que les grands partis républicains se réapproprient une certaine sémantique que les nationalistes ont fait leur durant les trois dernières décennies. Etre patriote, promouvoir le fruit de sa labeur, vanter la qualité de nos produit ce n’est pas une démarche de repli sur soi ; c’est une question de survie : "On est en train de crever, il faut inverser le mouvement et redonner envie d'acheter français, c'est une démarche civique."

 

Priorité à l'éducation

 

Dimanche soir, François Bayrou a évoqué d’autres sujets, comme celui qu’il estime prioritaire lui aussi : l'éducation. En proposant une politique tout autre que celle proposée par la droite et la gauche : la première prônant la réduction toujours plus massive de la masse enseignante ; la seconde promettant monts et merveilles et surtout avec la création de 60.000 postes sur un quinquennat, soit une dépense supplémentaire de 7,5 milliards d’euros juste sur la période (car il ne faut pas oublier qu’un poste d’enseignant n’est pas un CDD de 5 ans…). Tout cela est déraisonnable en ces temps d’économie budgétaire, pour ne pas dire mensonger, surtout quand, dans le même temps, on promet "en contrepartie" la transformation du métier d’enseignant.

 

Entendez donc, les professeurs travailleront davantage. Et, si et seulement si, il y a de l’argent, on pourra embaucher voire augmenter les salaires en conséquence. Encore une fois, entre la casse et la démagogie, François Bayrou s’engage dans la voie de la vérité et de la sagesse : cesser l’infernale diminution des fonctionnaires au rythme du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans des secteurs prioritaires, et l’éducation est de ceux-là, et des réformes qui se voudront avant tout pédagogiques. Car il serait temps de comprendre que les maux de l’école ne se résument pas à des questions de moyens. En nivelant l’exigence de nos élèves, la France a asséché son réservoir. Il est grand temps de rectifier le tir.

 

Bayrou n'est pas seul

 

Reste la question que tout le monde se pose : comment François Bayrou pourra-t-il procéder puisqu’il est seul ? Tout d’abord, le Béarnais n’est pas seul, et Jean-François Kahn vient de rappeler à tout le monde qu’était en train de réunir autour de lui des femmes et des hommes qui veulent croire en autre chose qu’en ce crétinisme bipartite qui gangrène notre vie politique. Et puis les tractations de ces derniers jours, entre un Hollande qui lui promet une place dans la majorité présidentielle s’il appelle à voter pour le PS au second tour, et Alain Juppé qui lui demande de ne pas se tromper de famille.

 

Des coups de pieds sous la table électorale qui font sourire et qui rappellent que, dans le bipartisme, les bonnes vieilles méthodes sévissent toujours, non sans vices. Envers et contre tous. Jamais ensemble.

 

Triste destinée que ces politiques qui n’ont pas compris que la logique partisane perd de son intérêt dès lors que le pays est en état de crise. Ce ne sont là que querelles de temps prospères. Point d’égo quand le pays demande à tous les Français de rassembler forces et idées pour avancer ensemble. La fameuse Union centrale, et non centriste, comme a tenu à le rappeler dimanche soir François Bayrou : "parce que centriste ça signifie ni-ni".

 

Réunir

 

Qu’on se le dise, ce n’est pas en sa qualité de Président du MoDem que François Bayrou se présente aux Français. Non, c’est la volonté de faire travailler les Français ensemble qui l’anime. Et les militants du MoDem sont parfaitement prêts à l’accepter comme nous l’avons validé en Conseil National samedi dernier à Paris.

 

Je serais curieux de voir combien de militants d’autres partis ou d’autres mouvements seraient prêts à en faire autant quand on voit par exemple Madame Danièle Hoffman-Rispal devenir tout rouge quand on lui demande de faire place à Cécile Duflot. Certains oublient que les mandats ne sont ni des CDI, ni une rente à vie, ni un dû, mais une confiance que les électeurs daignent leur accorder pour être au service des Français. 

 

Une seule priorité : réunir. De la droite républicaine à la gauche réformisteUne majorité de Français n’ont confiance ni en la gauche ni en la droite et la perspective de l’union nationale pourrait donc les séduire. Reste à la concrétiser dans les urnes. Pour ne plus jamais entendre le discours poujadiste du "tous les mêmes", alors que justement il y a encore des choses que l’on a pas essayées. Et le discours du "construire ensemble" sera toujours plus rassembleur que celui du tout détruire, les uns contre les autres, comme d’autres le proposent.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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