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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 20:41

Alors que l’on célèbre à tout va les 40 années de Mai 68 comme jadis l’on fêtait ceux de la RDA, Bernard Thibaut en digne héritier, s’est attardé longuement ce dimanche sur Europe 1, sur l’état du syndicalisme en France : il y a, selon lui, « trop d’organisations syndicales et pas assez de syndiqués. » Comme si l’un était la conséquence de l’autre.
Hélas pour lui, le secrétaire général de la CGT se trompe de diagnostique.
Son calcul est même doublement faux. S’il ne restait que 4 ou 2 grosses fédérations syndicales pour se partager le gâteau, le nombre total des syndiqués n’en serait évidemment pas modifié, et il pourrait même chuter si les adhérents ne retrouvaient pas dans ceux qui restent l’expression de leur sensibilité. Et ce chiffre est pourtant bien famélique puisqu’en France, seuls 16% des salariés sont syndiqués, ce qui est très en-deça de ce que l’on peut voir outre-Rhin par exemple.

Par ailleurs, le raisonnement de Thibaut est faux car il part d’un critère strictement mathématique alors que la raison pour laquelle il y a peu de syndiqués en France est avant tout une affaire d’efficacité : Qui peut affirmer aujourd’hui que les syndicats défendent efficacement le droits de l’ensemble des travailleurs, et ce en toute équité, face au Gouvernement en place ?
Les récentes réformes ont montré leur inertie, le conservatisme de leur position et leur inadaptabilité face au monde moderne.

Ainsi, en novembre dernier, ils sont bien tristement tombés dans le panneau du Gouvernement, en repoussant le moment du dialogue et en laissant l’opinion publique, exaspérée par la grève des transports, décider du sort des retraites des régimes spéciaux.

De la même manière, la grève de ce jour de l’Education Nationale voit davantage les professeurs du primaire participer à ce mouvement que les professeurs du secondaire, alors que seuls ces derniers sont concernés par le non-renouvellement des postes… Que 60% des professeurs du primaire contestent la réforme qui vise à redonner aux fondamentaux pour lutter contre l’illettrisme en France, dans une même voix avec les instances syndicales, n'est en aucun cas une position acceptable. En multipliant les mots d’ordre de la grève – les postes, la réformes des programmes, les salaires, et même dans certains secteurs la demande d’un jour de congé supplémentaire puisque l’ascension et le 1er sont tombés le même jour (sic !!!)- qui pourraient se résumer à un « NON » à tout ce que décide le gouvernement, les syndicats ne sont pas plus lisibles qu’ils ne sont crédibles. Pourquoi dès lors adhérer dès lors que leur action est brouillonne, contestataire sans être constructive, fractionnée alors qu’elle se doit d’être unitaire ?

La vérité est double :

D’une part, les syndicats n’ont pour l’heure jamais su s’adapter à l’économie de marché et ont préféré faire résonner leurs slogans dans le concert rassurant de l’extrême gauche.

D’autre part, le Gouvernement, qui sait qu’il ne peut pas discuter avec eux du fait de ce clivage politique affirmé, fait tout pour décrédibiliser la voix syndicale en montant l’opinion publique contre elle.

Un véritable dialogue de sourds s’est instauré, laissant les Français en otage. C’est à celui qui aura le plus d’influence, le plus longuement possible, comme lors de la crise étudiante, qui se réveilla plusieurs mois après que la loi fut votée et acceptée par les syndicats étudiants eux-mêmes… Voyant le conflit possible, ils sont passé à l’assaut, en dépit de ce qui avait été convenu au préalable. De la même manière, les leaders syndicaux n’hésitent à aucun instant à raviver et à entretenir la flamme des lycéens pour battre le pavé en cadence. Et pendant ce temps, le Gouvernement montre du doigt les méchants révoltés, alors qu’eux mêmes arrivent en concertation avec les conclusions déjà fraîchement imprimées.

Le gouvernement et les syndicats ont tous deux leur part de responsabilité dans cette caricature manichéenne qui fait fi du bon sens et du dialogue social. Le Gouvernement doit apprendre à travailler en équipe, et les syndicats à négocier.

Finalement, la seule vraie réforme pour la France, celle qui serait la clé de voûte de toutes les autres pourrait être l’émergence d’une vraie force syndicale vigilante, mais réellement prête à négocier ; ce qui sous entend de faire de la pédagogie au sein même de son propre groupe pour expliquer la différence entre ce qui est nécessaire, ce qui est négociable de ce qui est inacceptable (La CFDT s’y essaie mais peine à réussir pleinement).

Mais cela passe nécessairement par un Etat attentif, qui agit pour le bien de chacun et non des seuls privilégiés et qui sache arriver dans les réunions, sans a priori, et sans connaître à l’avance l’issue des discussions.

On peut toujours rêver…

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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