Lundi 1 avril 2013 1 01 /04 /Avr /2013 08:29

La Cour de Cassation avait-elle conscience que son jugement sur l’affaire de l’employée voilée licenciée de la crèche Baby Loup allait sans doute changer la loi française ? Nul ne le sait. Mais elle ne pouvait ignorer que sa décision serait suivie d’un très vif intérêt et que ses conclusions qui contredisaient les jugements en première instance et en appel, allaient faire couler beaucoup d’encre.

Contrairement à ce que les soi-disant hérauts de l’islam proclament ce week-end à l’annuel Congrès de l’UOIF au Bourget, Ahmed Jaballah, son président en tête, la montée de boucliers face à cette décision n’est pas une discrimination de plus envers l’islam. Ni envers les libertés individuelles. Et encore moins une entrave à l’égalité. Une dernière accusation honteuse qu’Ahmed Jaballah tente d’intrumentaliser en expliquant qu’au “moment où on autorise la loi sur le mariage homosexuel, on émet des propositions de loi restrictives concernant les musulmans, qui ne me paraissent pas constituer des éléments d’égalité”. Honteuse car l’UOIF ose montrer la loi du mariage pour tous en référence quand l’organisation avait déclaré en janvier dernier que le projet de loi constituait une menace de dérive vers la zoophilie et la polyandrie, puisqu’il semble convenu qu’un homme ayant plusieurs femmes étant parfaitement normal pour l’UOIF.

 

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La réalité, c’est qu’aujourd’hui, un établissement ayant pour mission de d’occuper des enfants a le droit d’être confessionnel mais n’a pas le droit de se réclamer des valeurs laïques !

Incroyable paradoxe qui fait les délices des intégristes de tous poils qui s’enfourchent dans la brèche pour repousser, toujours plus loin, les frontières de l’acceptable au sein de la République.

Il n’est pas question ici de changer les règles du privé : ainsi Fanny Truchelut qui avait refusé à une de ses clientes de déambuler en voile dans les parties communes de son hôtel n’a aucune excuse, et n’en aurait eu aucune après la loi qui a été esquissée dans son grand oral par François Hollande : les discriminations envers les femmes voilées dans l’espace public sont des actes intolérables qui prostituent les libertés individuelles et qui doivent être sévèrement réprimés.

Mais l’affaire Baby Loup n’est pas du même cuir : il est question ici d’un établissement, financé en partie par des fonds public qui plus est, et dont la mission est d’intérêt général auprès des enfants. Un établissement qui n’a pas spécifiquement pointé du doigt une femme voilée du jour au lendemain, mais qui avait en vigueur un règlement intérieur datant de 17 ans et que l’employée, adjointe à la directrice avait respecté jusque-là. Il n’y avait qu’à voir en 2008, la présence renforcée des « grands Frères » au tribunal pour intimider Elisabeth Badinter ou encore Jeannette Bougrab, alors présidente de la Halde, ce que cette dernière raconte dans son livre “Ma République se meurt”, pour s’autoriser à croire que le voile n’était, ici, qu’un prétexte pour tester les lois de la République.

Il n’y a dès lors plus de choix : quand il y a une faille, il faut la colmater. Au risque de voir nos valeurs républicaines gangrénées par les germes belliqueux du communautarisme.

Cela ne nous empêche pas d’être vigilants et de prendre conscience que certains instrumentaliseront l’affaire pour assouvir leur haine viscérale envers l’islam : mais le courage politique n’est-il pas justement de mener la bataille sur les deux fronts, celle des valeurs laïques et celle contre le racisme et les discriminations ? Ce qui éviterait à l’avenir de confondre ceux qui combattent l’intégrisme et ceux qui organisent des croisades en pseudo héritiers de Charles Martel.

Aussi, aujourd’hui, plus que jamais, il faut soutenir l’appel lancé sur Marianne par les incontournables Elisabeth Badinter et Jeannette Bougrab, le Président du PRG Jean-Michel Baylet, l’éclairant philosophe Abdennour Bidar, ou encore l’essayiste Caroline Fourest pour que l’on légifère, afin que les établissements privés relevant de l’utilité publique puisse se doter, si leur mission l’exige, d’un règlement relevant des valeurs laïques. Il n’est pas question d’interdire quoi que ce soit ou de restreindre la liberté de croyance, mais juste de préserver la neutralité là où la République juge que c’est nécessaire.

 

Publié sur Médiavox, le 1er avril 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : Editos média vox
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Dimanche 31 mars 2013 7 31 /03 /Mars /2013 10:58

Ce week-end se tient au Bourget le traditionnel congrès de l’UOIF, l'Union des organisations islamiques de France. Une démonstration de force annuelle pour cette organisation dont la matrice est proche des Frères musulmans, et qui tente de montrer, à la France, à l’Europe et globalement dans le monde entier, sa capacité à organiser une tribune politique.

L’organisation, qui a boycotté les dernières élections du CFCM (le Conseil français du culte musulman), à qui elle doit pourtant son émergence en France, preuve que cette coquille vide initiée par Nicolas Sarkozy aura été un formidable cheval de Troie pour s’imposer dans le paysage islamique français, a eu l’occasion, cette année, de rectifier le tir concernant sa liste des invités.

Il faut dire que la précédente édition avait été sacrément bouleversée après l’interdiction faite, en pleine campagne présidentielle, par le président d’alors de refuser le territoire à six prédicateurs. Parmi eux, Youssef al-Qaradawi, prédicateur vedette de la chaîne Al-Jazeera et sommité du monde musulman, qui légitime les attentats suicides en expliquant que c’est "la justice divine qui s’opère, Dieu offre aux faibles une arme d’auto-défense contre laquelle les forts ne peuvent rien malgré tout leur arsenal militaire et nucléaire" (déclaration faite le 25 avril 2004 sur Al-Jazeera et repris dans "OPA sur l’islam de France", par Fiammetta Venner).

 

Respect des valeurs laïques

 

Cette année, l’organisation se veut moins sulfureuse pour son Congrès, ce qui n’empêche pas certains observateurs de noter que des orateurs aux propos sulfureux continuent de sévir à la tribune.

Mais, au-delà de l’éternelle polémique sur les invités, qui savent avec un talent cynique manier un double discours et qui n’écrivent pas toujours ce qu’ils disent sur le territoire de notre République, l’atmosphère est à l’inquiétude cette année, après le jugement de la Cour de cassation concernant l’affaire Baby-Loup. Et la position assez courageuse prise par François Hollande ce 28 mars, lors de son grand oral (c’est assez rare pour être souligné) quand il a estimé qu’il fallait légiférer pour éviter ce cas d’espèce.

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En d’autres termes, selon lui, il est nécessaire que la République permette à un établissement privé, relevant d'une mission d’utilité publique, de se revendiquer de la neutralité des valeurs laïques quand il peut actuellement être confessionnel. Comment peut-on en effet accepter qu’en France une crèche privée puisse être catholique mais ne puisse pas être respectueuse des valeurs laïques ? Un comble qu’il convient de corriger au plus vite.

Et c’est ce qu’ont très bien compris Elisabeth Badinter et Jeannette Bougrab quand elles ont lancé cette semaine une pétition pour appeler à légiférer sur la question :

"Dans un État laïque, il serait ainsi permis de créer une crèche privée religieuse, mais pas une crèche laïque ? Impérative pour la puissance publique, la laïcité serait interdite aux citoyens et aux structures privées ?

Parce qu'ils sont précisément d'entre nous tous les êtres les moins pourvus de défense et les plus malléables, les enfants ont droit à la neutralité, garante de leur libre arbitre en formation. Notre loi doit impérativement être modifiée."

 

Égalité à double vitesse ?

 

L’appel signé aussi par le philosophe Abdennour Bidar, le président du Parti radical de gauche Jean-Michel Baylet ou encore l'essayiste Caroline Fourest, inquiète l’UOIF. Sur i>Télé samedi 30 mars, deux femmes, toutes deux voilées, expliquaient que les libertés individuelles étaient en jeu et qu’elle refuseraient de retirer le voile pour aller travailler, laissant croire que l’ensemble des professions seraient touchées.

Le président de l’UOIF, Ahmed Jaballah, va encore plus loin dans l’instrumentalisation en évoquant le mariage pour tous en contradiction avec cette proposition de loi :

"Les dernières déclarations de ceux qui veulent étendre la loi de la laïcité dans les établissements privés suscitent une vraie inquiétude chez les musulmans : on est en train de revoir une laïcité à la mesure de leur pratique."

Avant de préciser :

"Au moment où on autorise la loi sur le mariage homosexuel, on émet des propositions de loi restrictives concernant les musulmans, qui ne me paraissent pas constituer des éléments d’égalité."

La comparaison d’Ahmed Jaballah est tout de même sacrément gonflée. Le président de l’UOIF prend en référence le mariage pour tous pour tenter de faire croire qu'en France l’égalité serait à double vitesse. Or s’il est bien un sujet qu’il pourrait éviter de prendre en exemple c’est bien celui à propos duquel son organisation s'est tout de même écriée :

"Qui pourra délégitimer la zoophilie, la polyandrie, au nom du sacro-saint amour ? Ne sommes-nous pas en train de suivre une voie où le principe d’égalité ne serait plus défini par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives puissent-elles être ?"

Et l’on est tenté alors de demander à Monsieur Ahmed Jaballah si, justement, sa volonté de ne pas vouloir préserver les crèches, et seulement les établissements qui relèveraient de la mission publique auprès des jeunes enfants, ne serait justement plus définie par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives…

 

L’UOIF crie au loup

 

La loi proposée par François Hollande ne vise nullement à réduire les liberté individuelles. son but est de protéger les enfants et de permettre aux crèches et au jardins d’enfants de se pourvoir d’une règle de neutralité, de la même manière qu’ils peuvent actuellement se revendiquer d’une confession.

Cette loi ne serait donc pas une fermeture de la République. Bien au contraire, ce serait mettre fin au déficit dont souffrent les valeurs laïques dans l’espace privé.

Il n’est pas question d’interdire aux hôtesses d’accueil d’enlever le voile dans un hôtel, aux ouvriers d’une usine d’enlever la kippa quand ils dirigent une équipe, ou encore à un banquier d’enlever sa croix catholique en or qui pend au-dessus de sa chemise. Il est question de protéger dans certains cas les établissements privés, quand leur mission d’utilité publique a trait aux plus fragiles, face au manque de neutralité et aux pressions religieuses, en leur donnant la possibilité de se revendiquer des valeurs laïques. Ni plus, ni moins.

L’UOIF peut donc toujours agiter le chiffon rouge et crier au loup. Elle ferait mieux de s’inquiéter de voir comment l’islam a été instrumentalisé dans l’affaire Baby-Loup plutôt que de s’inquiéter de la laïcité et des valeurs laïques, qui auront toujours vocation de garantir, à tous les Français, la liberté de culte. Sans aucune concession.

Et quand on lit que l’organisation craint la polyandrie, mais absolument pas la polygynie, ou encore qu’elle a condamné la loi de 2004 sur les signes ostentatoires dans les écoles publiques, l’on se dit que, derrière les craintes de l’UOIF, se voilent des revendications… "pas très catholiques".

 

Publié sur le Plus, du Nouvel Observateur le 31 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : De la Laïcité et de l'intégrisme
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Jeudi 28 mars 2013 4 28 /03 /Mars /2013 20:50

François Hollande, savez-vous qu'il existe un pays dans ceux de l'OCDE dans lequel des enfants de douze ans sont illettrés ? 

Savez-vous aussi que cette même Nation se classe parmi les plus mauvaises dans le classement PISA établit par l'OCDE, sur des critères aussi basiques que la lecture, les mathématiques et les sciences ?

Savez-vous que des comiques, de grands comiques, regardent de manière hémiplégique ce classement, ne regardant que la Finlande, quand la Corée qui lui dispute la tête, emploie des méthodes contraires, montrant que la seule certitude que l'on puisse avoir c'est qu'il n'existe aucune modèle ?

Savez-vous pourtant que ce pays consacre 7,1% de son PIB dans l'éducation des enfants et qu'il offre une scolarité gratuite durant tout le cursus scolaire ?

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Savez-vous que, dans ce pays, des têtes "pensantes" ont dirigé avec force et dogmatisme la formation de tous les enseignants leur faisant comprendre que la pédagogie était une finalité en soi ? Or, elle n'est qu'un moyen, selon moi. Et ils ont laissé encore croire que l'échec d'un élève ne peut jamais provenir de lui-même mais vient nécessairement du professeur.

Savez-vous Monsieur Hollande, que ce pays est le nôtre et que vous présidez à la République ?

Monsieur Hollande, mon père n’avait que le certificat d'étude, et m'a toujours encouragé à travailler à l’école. Parce que, lui, avait été de son propre aveu "un cancre" à l'école. Pourtant, c’est bien lui qui me corrigeait mes fautes d'orthographe jusqu'au collège, qui me faisait réciter mes tables de multiplication et c'est encore lui qui me faisait les gros yeux quand je ne savais pas que le 23 représentait le département de la Creuse. Lui le "cancre" ! Savez-vous combien de bacheliers et d'universitaires d'aujourd'hui seraient donc des cancres à l'aune de son savoir de l'époque ?

Je vois les élèves chaque matin, ils ne baillent pas parce que leur journée de cours s'est terminée à 17 heures mais parce qu'ils ont envoyé des SMS jusque tard dans la nuit en écoutant de la musique dans leur chambre. Ce dont ils manquent cruellement ce n'est pas de "bonnes notes", mais de savoir reconnaître un verbe, de savoir mettre en s au pluriel, de savoir que les États-Unis ne font pas partie de l'Europe ou encore que multiplier 7 par 8 donne 56.

En quoi votre réforme les aide-t-elle à maîtriser ces savoirs, Monsieur le président ? La mission de la République est d'avoir des exigences. Des exigences pour tous. Et d'autant plus pour ceux qui sont en difficulté. 

Alors Monsieur Hollande, la question est simple : allez-vous enfin proposer à l'école la seule réforme que la République puisse se permettre en ces temps de crises, le retour du savoir, de la culture et surtout, surtout des exigences ?

Publié sur le Nouvel Obs - Le plus, le 28 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : De l'éducation
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Lundi 25 mars 2013 1 25 /03 /Mars /2013 20:46

Le troisième cortège de la manif pour tous s'est donc soldée par un échec à tous points de vue.

Échec chiffré tout d'abord puisqu'avec 300.000 manifestants (selon la police), le collectif rassemble moins que le 13 janvier où l'on en avait comptabilisés 340.000. Et Frigide Barjot peut bien s'agiter en tous sens et s'époumoner en parlant de 1,4 millions et bientôt 2,5 sur I>Télé, la dure réalité des chiffres est cruelle pour celle qui s'est autoproclamée reine du bal et qui, dimanche soir sur la chaîne d'info était très agressive à l'égard des questions des journalistes.

Si la manifestation avait été un succès, nul doute qu'elle aurait adopté sa traditionnelle mine débonnaire. Ce qui ne fut pas le cas dans la séquence suivante, durant laquelle le mascara eut bien du mal à dissimuler la fureur de Frigide Barjot, qui n'était pas à prendre avec des pincettes :

 

 

Il faut dire que le chiffre décevant cache un échec beaucoup plus large justement, celui de l'ambiance bon enfant, "calme et pacifique" que voulait le collectif. Et de ce point de vue là, nul ne peut nier que les événements ont clairement dégénéré.

 

Un échec de l'organisation

 

L'on a beaucoup glosé sur les gaz lacrymogènes qui auraient été lâchés sur des enfants. Certains politiques, Christine Boutin et Laurent Wauquiez en tête, en ont même rajouté des tonnes et des tonnes sur les antennes d'info continu, pour dénoncer la barbarie des forces de l'ordre. Christine Boutin, que l'on a retrouvée évanouie au sol, en Belle au bois Dormant des réac, demandant même la démission de Manuel Valls, dans la mesure et la pondération qu'on lui connaît.

Pour autant, des personnes présentes et des journalistes, ont clairement expliqué que certains manifestants avaient clairement placé eux-mêmes poussettes et bambins en tête de cortège pour intimider les forces de l'ordre, comme cette autre vidéo amateur le prouve sans l'ombre d'un doute : "On va mettre les enfants devant" (à 3'58). 

 

 

Des membres du GUD se sont infiltrés dans le cortège, mais comme on le voit, ils ne furent donc pas les seuls à vouloir provoquer les forces de l'ordre.

Pour autant, il ne faudrait pas que ces quelques gaz vinssent enfumer l'ensemble des dérapages que la manifestation de dimanche a connus. Il y en eut bien d'autres, tout aussi graves et qui contredisent vigoureusement le terme choisi par Frigide Barjot pour les évoquer : "un épiphénomène". D'autant que les manifestants avaient reçu des consignes pour le moins claires, dans un courriel qui circulait dimanche via les réseaux sociaux : "Arrivez de tous les côtés, par où vous semble bon, par où vous pourrez, y compris par les Champs-Elysées". 

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Des débordements pas véritablement spontanés donc. Un message qui a bien été compris puisque des journalistes d'Europe 1 ont clairement entendu dans le cortège : "Rien à foutre des consignes de la préfecture."

Car, pour une manifestation censée être "bon enfant", avec un message très clair pour lutter contre l'homophobie, l'on a tout de même vu des insultes non déguisées pleuvoir dans la foule ou à partir de la foule via les réseaux sociaux. "SOS homophobie" a eu le temps de faire une impression écran d'un tweet qui montre bien l'ambiance : 

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Bruno Roger Petit, habitant sur les lieux, préféra lui ironiser sur un "allons brûler le Queen !" qui ressemble à s'y méprendre au fameux "les pédés au bûcher" de 1998.

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Christiane Taubira déjà honteusement grimée par le collectif de la Manif pour tous eut le droit à une métaphore vivante du meilleur goût puisqu'un âne déambulait dans la rue, portant le nom de la Garde des Sceaux. 

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Voilà des semaines que les opposants ont adopté la méthode jusqu'au boutiste pour clairement radicaliser ce mouvement. La Manif pour tous se voulait le pendant de Civitas en version soft et "homophile". Pourtant, elle rejoint la caricature jusque dans ses pires outrances. 

Ce défilé est devenu du grand n'importe quoi quand certains à droite l'ont pris comme tribune politique en réclamant la démission de Hollande et en voulant rejouer la motion de censure dans la rue.

Et c'est fièrement que les représentants de la manif pour tous exigent à présent d'être reçu par le chef de l'État ! Comme l'adolescente qui a ruiné l'appartement familial après sa boum et qui réclame son cadeau d'anniversaire la bouche en cœur !

Cette manifestation n'a pas seulement insulté les homosexuels, les partisans de l'égalité ou encore le camp des progressistes. Elle a insulté la République. La manif pour tous est devenue un mouvement indigne qui tente d'engranger toutes les aigreurs qui passent, à la manière de la voiture du balai qui drague tout ce qui traîne. On imagine les images qui vont se diffuser à travers l'Europe et le Monde pour voir ridiculiser notre pays.

Qu'on se le dise, ce n'est plus la manif pour tous : c'est l'indignité pour tous.

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 25 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : Le mariage aux homosexuels
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Lundi 25 mars 2013 1 25 /03 /Mars /2013 19:40

On pensait avoir tout vu. Et surtout avoir atteint le fond quand Nicolas Sarkozy avait pillé dans le programme de Marine le Pen pour tenter le hold-up face à François Hollande en mai 2012.

D’aucuns avaient imaginé un droit d’inventaire, une remise en question de cette course poursuite vers l’extrémisme. La droite républicaine ne pouvait alors plus se regarder dans le miroir. Presque un an plus tard, et après le spectacle ridicule de la présidence de l’UMP qui mit davantage en exergue une culture de l’égo qu’une véritable fracture sur le plan des idées, l’UMP sombre, jour après jours dans une caricature indigne qui fait honte à la république.

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Henri Guaino, qui se rêve en Malraux des temps modernes, a franchi la ligne rouge vendredi dernier suite à la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Contestant la décision du juge Gentil, lui demandant des comptes, il a estimé que la Justice était partiale dans cette affaire et que son comportement était indigne. Accuser ses détracteurs de ses propres maux, une bien vile habitude pour la droite française. Car Monsieur Guaino, qui vient de découvrir les vertus du suffrage universel, et en prenant quel risque puisque se présentant dans les Yvelines, où même un âne investi par l’UMP gagnerait comme l’écrit dans « Ma République se meurt » Jeannette Bougrab, n’est pas le premier dans son camp à bafouer l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs. Le lustre de Sarkozy en est l’illustration parfaite.

En novembre 2011, alors que la Cour des comptes émettait des doutes sérieux sur la gestion et l’efficacité des forces de sécurité en France, Claude Guéant, furieux, est alors monté au créneau en dénonçant, selon l’AFP qui s’est procuré une copie, « un nombre important d’inexactitudes, d’erreurs d’analyse, d’oublis et d’appréciations manquant parfois d’objectivité », ainsi que des « formulations abruptes » et des « sous-entendus contestables ».

Xavier Bertrand s’était, quant à lui, occupé de la presse en taxant Médiapart de « fasciste » quand le média dirigé par Edwy Plenel avait commencé l’enquête Bettencourt. Et quand on sait avec le recul du temps, ce que révèle cette affaire, on apprécie à sa juste mesure la prise de risque de l’Ancien Ministre du travail.

Et qui a oublié Monsieur Hortefeux qui, tour à tour, avait dénoncé en sa qualité de Ministre de l’Intérieur le laxisme de la justice en 2010, pointé du doigt des magistrats un peu plus tard avant de qualifier une décision de justice « disproportionnée ».

Et quel exemple donna celui qui est aujourd’hui mis en examen, Monsieur Sarkozy lui-même quand il avait fait fi, devant la France entière de la présomption d’innocence dans l’affaire Clearstream, en parlant de coupables au lieu de prévenus…

Ce dimanche, c’est Laurent Wauquiez qui accusait la police d’avoir « gazé » des enfants dans la manif pour tous, oubliant que les manifestants n’avaient pas respecté l’interdiction faite de défiler sur les Champs-Elysées, et occultant le fait qu’il est tout proprement irresponsable de ramener bambins et poussettes dans une manifestation aussi compacte, surtout quand on sait que le GUD s’y invite depuis novembre. Monsieur Wauquiez et ses compères étaient prompts, hier soir, à expliquer et à justifier les débordements sous le prétexte que les opposants n’étaient pas occupés. Un comble de la part de ceux qui revendiquaient fièrement pendant cinq ans de ne jamais avoir cédé à la rue…

L’UMP se radicalise. Ses prises de positions ne sont plus seulement outrancières. Elles mettent à mal la République et ses principes.

La droite française s’abîme et décrédibilise la classe politique dans son ensemble, elle qui, de jour en jour, perd sa légitimité aux yeux des électeurs. La crise, on le voit n’est pas seulement financière : c’est une crise de la République.

Publié sur Médiavox le 25 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : Editos média vox
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Dimanche 24 mars 2013 7 24 /03 /Mars /2013 20:40

Cela devait finir par arriver. Le troisième défilé de la Manif pour tous a clairement dérapé. Une centaine de manifestants clairement agressifs a tenté de forcer des barrages disposés "en parfait accord avec les organisateurs", comme l’a expliqué sur BFMTV Laurent Nunez, directeur de cabinet du préfet de la police de Paris.

Les manifestants surexcités ont même eu l’audace de placer des poussettes et des enfants en tête de cortège, en espérant dissuader les forces de l’ordre. De quoi aussi se poser en victimes enprétendant que les CRS ont "gazé" des enfants, comme le braillait dans un mélo surjoué Laurent Wauquiez sur la même chaîne d'info, qui pourra toujours s’enorgueillir de tenir la même argumentation qu’Alain Escada lors de l’affaire des Femen le 18 novembre dernier.

Tout a été fait ces derniers jours pour exacerber les tensions : Frigide Barjot aura tout tenté pour faire défiler son cortège sur les Champs-Élysées, ce qui n’est permis à aucune manifestation pour des raisons de sécurité.

Mais se sentant investie par une mission divine, l’égérie de la Manif pour tous se croit au-dessus des lois et avait clairement menacé d’investir malgré tout la plus belle avenue du monde, avec ou sans autorisation.

Se faisant passer pour une victime en prétendant que les autorités voulaient interdire son défilé quand on lui demandait simplement d’emprunter un autre itinéraire, Barjot a clairement alimenté la crispation et a elle-même radicalisé son mouvement.

Non contente de manifester contre l’égalité, Frigide Barjot y ajoute à présent l’indignité.

La Manif pour tous vient définitivement de faire tomber le masque. Ce collectif n’a rien d’un élan bon enfant, tout de rose bonbon vêtu, tentant d’exprimer un point de vue qu’il vient soumettre au débat.

Non. C’est une nébuleuse suspecte qu’a révélée une enquête du "Monde" cette semaine, et qui comporte autant de coquilles vides que d’organisations oscillant entre les appartenances catholiques, anti-IVG ou encore traditionalistes. 

Un spectre qui abrite au sein de l’organisation Xavier Bongibault qui assimile François Hollande à Adolphe Hitler, ou encore Tugdual Derville, d’Alliance Vita, qui compare les homosexuels aux handicapés. Un mouvement qui n’hésite pas à user d’arguments douteux pour confectionner des affiches comme elle mettant en scène Christiane Taubira dont on appréciera les relents :

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La Manif pour tous a le droit d’exprimer un point de vue contradictoire, fût-il ultra minoritaire en France puisque 66% des Français sont favorables à la loi qui a déjà été votée en première lecture par l’Assemblée nationale. Mais elle n’a pas le droit de défier la République et ses principes pour imposer son point de vue.

Violence, incivilité, provocation de l’ordre public, non respect des institutions, instrumentalisation des enfants et des poussettes en tête de cortège à la manière des anti-IVG. Mais quelle sera la prochaine étape ? Une insurrection ? un appel à la violence ?

La mascarade a assez duré. La République mérite des excuses de la part de la Manif pour tous. Et la destinée législative du texte doit continuer son cours. 

 

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 24 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : Le mariage aux homosexuels
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Dimanche 24 mars 2013 7 24 /03 /Mars /2013 20:36

Monsieur Guaino,

Jadis, quand vous fûtes la plume de Nicolas Sarkozy, nous avions tout supporté de votre part. Tout. Jusqu’à l’insoutenable quand vous estimiez, dans votre élan inconsidéré, que l'instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur. Ou encore quand vous aviez osé faire dire à un président de la République française que l’homme africain n’était pas entré dans l’Histoire.

L’insoutenable disais-je, qu’il était si simple de dissimuler en vous réfugiant dans l’ombre tutélaire de l’omniprésident. Un refuge.

Quand vous n’avez pu concurrencer Patrick Buisson, laissant la campagne de Nicolas Sarkozy s’enfoncer dans les limbes insoutenables des limons bleu Marine, vous prîtes votre courage à deux mains pour vous présenter devant le suffrage universel. Témérité sans égale puisque vous briguâtes la troisième circonscription des Yvelines, une des plus traditionnelles et conservatrices que la France compte. Jeannette Bougrab ne s’y trompa quand elle écrivit dans "Ma République se meurt" :

“On offre (à Henri Guaino) une circonscription en or dans les Yvelines, Le Chesnay, La Celle Saint-Cloud, où même un âne gagnerait s’il se présentait sous l”étiquette UMP.”

Adepte du parachutisme, vous décidâtes alors, en entrant au Palais Bourbon, de vous composer un rôle à la mesure de votre ego. Le ton haut, le verbe fort, les trémolos dans la voix, vous vous revêtites alors des oripeaux d’André Malraux, provoquant les quolibets et autres railleries mérités de la part de vos homologues, comme Alain Tourret le fit lors de la première séance sur la loi du "mariage pour tous".

Qui ne se souvient de votre ridicule discours en ouverture de la première lecture du texte, pétri de formules grandiloquentes, qui ressemblent à s’y méprendre à celles de Damon, le raisonneur dont Célimène brosse un portrait au vitriol dans "Le Misanthrope" :

C’est un parleur étrange, et qui trouve, toujours,

L’art de ne vous rien dire, avec de grands discours.

Dans les propos qu’il tient, on ve noit goutte,

Et ce n’est que du bruit, que tout ce qu’on écoute.

Pathétique spectacle : vous crûtes vous incarner en Molière et vous en fûtes réduit à jouer les figurants invisibles qui ne se meuvent que dans les mises à mort verbales des portraits brossés par l’un des premiers rôles.

Parce que dans ce débat du mariage pour tous, vous ne fîtes qu’apporter mensonges et hérésies sur le fonctionnement de notre Constitution, prétendant ainsi que les "questions sociales" et les "questions sociétales" étaient synonymes en termes juridiques pour vendre votre référendum anticonsitutionnel, poussant le vice jusqu’à citer le "Petit Robert" dans "Mots croisés" pour berner le chaland ignorant du Dalloz.

Bonimenteur, vous allâtes encore plus loin, si cela était possible, en décrétant que le Parlementn’était pas légitime pour légiférer (sic) sur la question du mariage pour tous, contredisant le Conseil constitutionnel – rien que ça ! – qui exprimait exactement le contraire un an plus tôt.

Mais le ridicule ne tue pas. Et vous sévissez encore aujourd’hui, en repoussant toujours plus loin les limites du supportable.

Feignant l’outrage, toutes grimaces dehors, trouvant les mots les plus forts en prétendant fournir les plus justes, vous avez fait voler en éclats ce vendredi l’indépendance de la Justice et la séparation des pouvoirs. Ad nauseam.

Prenant faits et cause pour Nicolas Sarkozy, alors que le Président du dernier lustre est mis en cause pour des faits d’une grande gravité, dans une affaire qui a déjà donné l’impression, depuis des mois, à bon nombre de Français que la clarté n’était pas de mise dans ce que vous considérez certainement être votre chef d’oeuvre, l’élection de 2007, vous avez commis l’irréparable.

 

Mais pour qui vous prenez vous Monsieur Guaino ?

 

Sur Europe1, vous commençâtes par un réquisitoire inique et insupportable pour les valeurs de notre République en déclarant sur l’affaire, à propos du juge Gentil qui avait mis en examen Nicolas Sarkozy :

“Je conteste la façon dont il fait son travail, je la trouve indigne, je le dis. Je trouve qu’il a déshonoré un homme, il a déshonoré les institutions, il a aussi déshonoré la justice."

  

Puis ce sera un festival de mots dans un concours d’indignité : "grotesque", "accusation insupportable", "invraisemblable" et "d’intolérable". Plus grave, vous avez appellé le juge à venir "s’expliquer publiquement" des "fondements, faits précis, concrets et irréfutables" qui lui a permis une telle incrimination.

"Il devrait communiquer ses éléments à tous les Français" avez-vous cru bon d’asséner.

Mais pour qui vous prenez vous Monsieur Guaino pour vous prétendre, ainsi, siéger au-dessus de la Justice notre pays, en juge impartial et supérieur, et pour demander, ainsi, des comptes à un juge d’instruction ?

Christophe Régnard, Président de l'Union Syndicale des Magistrats, a aussitôt réagi en déclarantvouloir porter plainte, comme le prévoit la loi, comme il vous le rappela sur le plateau du "Grand Journal" le soir-même :

"Le fait de jeter le discrédit publiquement sur un acte ou une décision de justice dans des conditions à porter atteinte à l'autorité de la justice" est puni de six mois de prison et de 7.500 euros d'amende."

Mais se maquiller en Malraux de supermarché ne vous suffisait pas : c’est Hugo que vous grimez, déclarant ne pas redouter le glaive de la Justice :

“Je suis prêt à aller devant les tribunaux et à faire six mois de prison si vous le pensez”.

Fin de la farce. Nous qui sommes censés en être les dindons. En vain. 

Monsieur Guaino, vous êtes la honte de la République. L’illustration même de ce qu’elle produit en violence, en non-sens et en infamie dans la classe politique dans un pourrissement que vous aurez alimenté, de la plume à la moelle, et qui portera, à ce rythme, les extrêmes au pouvoir.

Élu de la République, votre rôle est de penser pour le bien commun quand chacun de vos mots, chacune de vos formules n’abreuvent que votre destinée que vous croyez exceptionnelle.

Vous n’êtes que comédien, et de piètre qualité, et vos grimaces n’impressionnent sans doute que vous-même. Molière, génie du comique, peinait pourtant à prendre des fards tragiques, provoquant la risée.

Vous, vous faites suffoquer la terre entière que vous soyez tragique ou comique. Vos grands airs affectés se donnent de la hauteur mais vos mots et vos pratiques vous renvoient plus bas que terre, là où gisent les poubelles de la République.

La seule chose que l’on puisse souhaiter, c’est de vous voir condamné pour l’outrage fait à notre Justice. Il en va de l’honneur de nos Institutions.  

Monsieur, je vous salue… bien bas. Là où vous êtes.  

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 24 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : Entre droite clair et droite brune
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Mercredi 20 mars 2013 3 20 /03 /Mars /2013 20:33

La décision de la Cour de cassation d’annuler le licenciement d’une femme voilée dans la crèche de Baby-Loup à Chanteloup-les-Vignes sonne comme un coup de tonnerre pour notre République. Une déflagration telle qu’elle poussa Manuel Valls, pourtant en plein milieu des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à faire une digression, rare, puisqu’il la fit en mettant entre parenthèses sa fonction de ministre :

"Et croyez moi, en sortant quelques secondes de mes fonctions, je veux vous dire combien je regrette la décision de la Cour de cassation sur la crèche Baby Loup et sur cette mise en cause de la laïcité."

 

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Alors certains s’offusqueront du recours à la laïcité quand la Cour de cassation a expliqué, elle, que la loi sur la laïcité justement ne s’appliquait pas à Baby-Loup, crèche privée, et donc ne relevant pas du domaine public, y compris par son activité :

"Les restrictions à la liberté religieuse doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir, répondre à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et proportionnées au but recherché. 

Jeannette Bougrab, ancienne présidente de la Halde, n’avait pas dit autre chose que le ministre de l’Intérieur hier matin sur RTL, en attendant le verdict :

"Depuis ma présidence de la Halde, j'ai fait de Baby Loup un combat pour la laïcité."

Il n’est pas surprenant de voir Jeannette Bougrab et Manuel Valls dans le même combat pour Baby-Loup. Déjà en 2010, lors du premier jugement de l’affaire, l'actuel ministre de l'intérieur avait été la seule personnalité politique de gauche à soutenir les dirigeants de la crèche en se rendant au tribunal. À l’époque, il avait même suggéré de proposer une loi interdisant "le port de signes religieux distinctifs là où il y a des enfants" expliquant ainsi : "Il semblerait qu'il y ait un vide juridique et je vais réfléchir à l'idée d'une proposition de loi pour qu'on interdise, comme c'est le cas à l'école, le port de signes religieux distinctifs là où il y a des enfants".

Plus que jamais, cette proposition de loi qui n’a jamais été suivie d’étude à l’Assemblée nationale prend son sens. Car la décision de la Cour de cassation a semblé considérer la crèche comme un établissement privé, une entreprise comme une autre. Or, quand on s’occupe de nourrissons, et que l’on n’a pas vocation à proposer une prestation confessionnelle, la neutralité s’impose.

Ce qu’il faut retenir c’est qu’hier, la justice de notre République a mis sur un pied d’égalité cette crèche, qui se voulait neutre pour accueillir les enfants, dans la droite lignée d’une mission de service publique qui n’existe pas (aucune crèche publique ne propose une telle flexibilité horaire), et l’affaire "Fanny Truchelut", du nom de cette femme qui avait refusé à une femme voilée de fréquenter les parties communes de son hôtel sous le prétexte de ce signe ostentatoire.

La différence est pourtant énorme : l’hôtelière avait clairement discriminé une femme, alors qu’elle est commerçante et que son activité consiste à héberger des clients adultes, quand dans l’affaire de Baby-Loup, le règlement intérieur se réfère à la neutralité car son activité est consacrée à des nourrissons, qui contrairement à des usagers d’un hôtel, n’ont pas la liberté de conscience et d’esprit pour faire fi d’un quelconque prosélytisme.

Dans ce climat moribond pour nos valeurs, la contestation de Manuel Valls est donc une position courageuse, d’autant que le gouvernement s’est montré discret. On peut le comprendre, car la séparation des pouvoirs impose qu’un membre du gouvernement ne commente pas une décision de justice (et c’est la raison pour laquelle Manuel Valls a tenu à s’exprimer en tant qu’homme et non ministre). Mais à gauche, peu de voix se sont montrées solidaires, comme c’est le cas depuis le début de cette affaire.

 

De la différence entre neutralité et islamophobie

 

Beaucoup plus gênant, Sihem Souid, conseillère de Christiane Taubira au ministère de la Justice, s’est réjouie via twitter:

 

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Ce n'est pas un hasard si, hier, l’affaire n'aura pas fait que des malheureux comme le montre la réjouissance assumée de ceux qui testent les limites de la République pour imposer des particularismes communautaires, à l’image du CCIF, le Collectif contre l’islamophobie en France. Un collectif, qui, par ailleurs, considère par exemple que Michel Onfray est homophobe quand il déclare : "C’est l'Islam qui est un problème, pas la burqa", ou que les éditions Nathan le sont également quand elles expliquent qu’en Arabie-Saoudite le droit de femmes est limité.

Les bobos et les adeptes du multiculturalisme qui ne voient aucun inconvénient à ce que la laïcité se dote d’une épithète, "ouverte", n’oublient surtout pas de rappeler que se lamenter de ce jugement, comme le fit sobrement Manuel Valls ou avec les mots les plus forts et les plus touchants Jeannette Bougrab, revient à faire le jeu des identitaires et autre Riposte laïque qui voient ici leur obsession de l’islam se nourrir d’un exemple qui ne fait pas honneur à la République.

Candides ou bien plus graves, cyniques, ils préfèrent ne rien voir et surtout ne pas reconnaître que ce genre de décision fait le lit du Front national, qui tente de se draper des oripeaux de la laïcité et qui y verra ici l’occasion de montrer qu’elle est mise à mal.

Car il ne faudrait tout de même pas confondre ceux qui défendent la neutralité de ce qui semble relever de la mission publique et ceux qui organisent une croisade contre l’islam.

La position de Manuel Valls rappelle que l'on peut être de gauche et être un défenseur de la laïcité. Que l'on peut être de gauche sans se noyer dans la bien-pensance et la pudibonderie de la honte coloniale qui rend aveugle face aux dérives communautaristes. Car la laïcité n'est ni de droite, ni de gauche : elle est tout simplement républicaine. 

Publié sur Le Nouvel obs - Le Plus, le 20 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : De la Laïcité et de l'intégrisme
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Mardi 19 mars 2013 2 19 /03 /Mars /2013 20:29

Ce mardi 19 mars, un terrible coup de poignard vient d’être assené à notre République par la justice elle-même. En effet, la Cour de Cassation a annulé mardi le licenciement en 2008 d’une employée de la crèche privée "Baby-Loup", dans les Yvelines, qui s’était vu reprocher par son employeur de refuser d’ôter son voile islamique.

Selon la justice, qui avait pourtant pris fait et cause pour les administrateurs de la crèche en première instance et en appel, la laïcité ne s’applique pas dans le cadre d’une entreprise privée.Elle s'en explique ainsi :

"Les restrictions à la liberté religieuse doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir, répondre à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et proportionnées au but recherché."

Avant d’ajouter :

"Tel n'est pas le cas de la clause générale de laïcité et de neutralité figurant dans le règlement intérieur de l'association Baby-Loup, applicable à tous les emplois de l'entreprise. Une telle clause étant invalide, le licenciement de la salariée pour faute grave aux motifs qu'elle contrevenait aux dispositions de cette clause du règlement intérieur constitue une discrimination en raison des convictions religieuses et doit être déclaré nul."

  babyloup.jpg

 

Cette affaire, éclatée en 2008, avait fait grand bruit, la crèche ayant été soutenue dans sa décision par Elisabeth Badinter ou encore Jeannette Bougrab, alors qu’elle était à la tête de la Halde, qui avait, avant son arrivée, pris fait et cause pour l’employée. Dans son livre récemment sorti, "Ma République se meurt", Jeannette Bougrab explique d’ailleurs toutes les pressions qu’elle a subieslors de cette affaire et de la part des plus hauts fonctionnaires de l’État.

La crèche Baby-Loup est une crèche de quartier comme il en existe peu en France et qui permet d’accueillir les jeunes enfants 24 heures sur 24. Située en plein milieu d’une banlieue parisienne, elle permet aux parents qui travaillent parfois loin de chez eux, à des horaires impossibles, d’avoir une structure pour les accueillir.

Or aujourd’hui, la décision de la Cour de cassation met sur la sellette Baby-Loup, car le licenciement, reconnu comme illégal par la justice, risque de coûter une somme colossale à la crèche, qui n’y survivra pas, comme le rappelle dans son livre Jeannette Bougrab.


Neutralité religieuse pour les plus de 3 ans

 

Au-delà de ce drame humain, il faut aussi savoir que l’employée voilée avait accepté le règlement intérieur et qu’elle était revenue du jour au lendemain avec le voile, bien que le règlement intérieur qu’elle avait signé spécifiait que la neutralité religieuse était requise. Et quoi de plus normal quand les activités d’une crèche relèvent d’une mission d’utilité publique.

Or ce qui vaut pour l’école doit également être applicable dans une crèche, sinon à vider de sa substance la loi des signes ostentatoires dans les établissements scolaires de 2004. Comment pourrait-on prôner la neutralité religieuse pour les enfants… seulement après 3 ans ?

La raison invoquée par la Cour de cassation est grave. Car elle nie la réalité des activités de mission publique d’une crèche en affirmant que "les restrictions à la liberté religieuse doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir, répondre à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et proportionnées au but recherché".

Elle entend donc qu’une crèche ne rentre pas dans le cadre d’une restriction à la liberté religieuse. Ce qui revient à dire que nos enfants ne sont protégés du prosélytisme que s’ils ont 3 ans ou plus. Cela signifie aussi que tous les parents qui ont accepté le règlement intérieur de Baby-Loup et qui souhaitaient préserver leurs enfants de tout prosélytisme religieux se voient flouer par la justice, qui vient de balayer d’un trait ces principes. 

Et que faire quand les crèches publiques sont pleines et que les crèches privées ne peuvent plus garantir d'appliquer les mêmes principes de neutralité même si elles se revendiquent de mission publique ? L'alternative est simple : soit vous ne travaillez pas car vous ne pouvez pas faire garder vos enfants selon vos principes, soit vous cédez à la pression religieuse – quel beau dilemme républicain ! Abject. 

Quel meilleur signe la laïcité ouverte pouvait-elle recevoir, celle qui est prônée par les idiots utiles de la République, les babas-cool qui font les louanges d’un multiculturalisme à l’anglo-saxonne (qui n’en finit plus pourtant d’être à l’agonie), et qui est revendiquée aussi par les intégristes et les communautaristes, qui demandent des dispositions particulières face à la laïcité ?

Ce qui nous rappelle que François Hollande avait, d’ailleurs, promis d’inscrire la loi de la laïcité dans la Constitution. Oui, mais ça, c’était avant. 

 

Publié sur Le Nouvel Obs- Le Plus, le 19 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : De la Laïcité et de l'intégrisme
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Lundi 18 mars 2013 1 18 /03 /Mars /2013 19:37

Sympathique. Humain. Simple. Les éloges pleuvent depuis que le Vatican, devenu centre du monde pour deux jours, a pu déclarer avec fierté « habemus papam ». La modernité semble même semble même avoir soufflé sur le choix des cardinaux à en croire certains, puisque l’heureux élu est d’origine argentine.

Alors, c’est vrai qu’il y eut bien les zones sombres de la jeunesse, notamment dans sa passivité face à la dictature militaire de Jorge Rafael Videla qui ressurgirent et que d’aucuns banalisèrent en parlant de tradition moribonde anticléricale comme lorsque Benoit XVI fut ramené aux jeunesses hitlériennes.

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Mais au-delà de cet aspect historique, toujours complexe à apprécier, il est des faits et des prises de position récents qui, eux, forment la ligne directrice de la vision du monde du nouveau Pape et qui en disent davantage que les soupçons que représentent les fantômes du passé. Et les positions défendues par Jorgé Mario Bergoglio ne laissent aucun doute : les progressistes peuvent se faire du souci.

Non content de s’opposer au mariage des homosexuels en Argentine, qu’il a assimilé à « une manœuvre du père du mensonge pour confondre et tromper les fils de Dieu” dans une confession faite à “La Nacion”, il estimé que l’homosexualité était “un démon infiltré dans les âmes”. Pour Bergoglio, les homosexuels ne seraient donc pas les agneaux de Dieu mais les loups de Satan… Ou les agneaux démoniaques de Dieu, selon.

Non content de s’opposer à l’avortement qu’il estime n’être “jamais la bonne solution”, il avait qualifié de “lamentable” la mesure qui dépénalisait à Buenos Aires les IVG en cas de viol. Sans doute estimait-il que les viols étaient voulus par Dieu ou alors que les enfants issus du viol l’étaient…

Ajoutons à cela les oppositions traditionnelles de l’église sur l’euthanasie et le prêtrise des femmes et vous aurez le portrait du parfait conservateur liberticide. 

Alors bien évidemment, l’on peut toujours affirmer que l’Eglise n’a pas à approuver le mariage des homosexuels ou encore l’avortement. C’est vrai. Mais son devoir est de protéger et de considérer tous les humains, quels que soient leurs péchés imaginaires. Surtout quand il n’est nulle question de telle condamnation dans les Evangiles, dans lesquelles semblent vouloir puiser Bergoglio.

Par ailleurs, il est toujours aisé pour nos pays de prendre du recul face à des dogmes aussi caricaturaux eu égard à nos lois et nos principes républicains. Mais c’est oublier que nos pays sont sécularisés comme jamais et que si l’église y a perdu toute son influence, il n’en est rien en Amérique du Sud ou encore en Afrique où son rayonnement est total. Dans ces pays, toutes ces prises de positions sont autant d’interdits que la société s’impose ou plus exactement que certains imposent à la société toute entière.

Alors on pourra toujours dire que c’est le Pape des pauvres et que son combat contre le néo-libéralisme est un signe précieux pour ceux qui croient encore en l’existence d’un monde nouveau : quand ces luttes légitimes s’accommodent des idées les plus conservatrices et les plus liberticides pour les femmes et les homosexuels, cela revient à lutter contre des inégalités pour en ouvrir d’autres. Pire. Cela revient à dire qu’il y a des inégalités qui méritent plus que d’autres à être combattues. Au nom de Dieu. 

Publié sur Médiavox le 18 mars 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : Editos média vox
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Ancien membre du MoDem (2007 -2012) après avoir été candidat aux Régionales 2010 (Nord) et aux Législatives 2012 (circo 5901).

Aujourd'hui, je suis dés-encarté.

Apartisan mais engagé sur le terrain de la laïcité, de la République, de l'éducation et du mariage pour tous. 

Auteur d'un livre, La Croix et la bannière (Golias, nov. 2012), je publie depuis 2 ans sur le site participatif du Nouvel Obs "Le Plus".

Tous les lundis, retrouvez mon édito sur www.mediavox.fr

J'ai participé au N°57 (printemps 2013) de Prochoix avec un article intitulé "Les illusions perdues de Civitas" et au N°58, avec deux articles sur le printemps français et sur la légitimité contestée de l'Assemblée nationale durant le "mariage pour tous".

Et certains mardis, sur la radio RCN (www.rcn-radio.org) aux côtés de Daniel Conrad et de Julien Gelly pour commenter l'actualité du mariage pour tous. 

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