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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 08:11

Ce qui n’était qu’une rumeur est bien confirmé. Alors que la réforme des collèges patine sur le terrain, au point de contraindre le ministère à instrumentaliser l’opinion, il se disait depuis quelques jours que les enseignants étaient classés par profil en fonction de leur adhésion à la réforme.

Personne alors n’osait véritablement y croire. Et pourtant…

"Opposants", "rebelles", "hostiles"…

AEF info, agence d’informations spécialisées dans l’éducation a dévoilé ce week-end cette terrible réalité du flicage des enseignants :

"L’académie de Toulouse met en place un outil de pré-repérage pour détecter les établissements dans lesquels la formation prévue dans le cadre de la réforme du collège s’annonce 'complexe', explique Dominique Maillard, IA-IPR d’EPS, chargé dans le cadre de la réforme du collège, d’une mission de 'conseil, formation et assistance au pilotage pédagogique', par Hélène Bernard, Rectrice de Toulouse."

Et l’AEF d’expliquer :

"Deux questions sont posées aux chefs d’établissement : quelle est la répartition de la typologie des acteurs au sein du conseil pédagogique ? Chez les enseignants ? Font-ils partie du groupe des 'opposants, rebelles, hostiles, irréductibles', du groupe des 'attentistes, passifs indifférents, indécis' ou du groupe des 'progressistes, proactifs, convaincus, avocats ou relais' ? "

Une anecdote à marquer d’une pierre blanche

Un fichage même off des enseignants ? Une situation odieuse, au point de contraindre "Le Figaro" de prendre quasiment fait et cause pour les enseignants.

Même si cela relève davantage d’un réflexe pavolvien anti-gauche-gouvernementale que d’un élan du cœur, l’anecdote mérite malgré tout d’être marquée d’une pierre blanche.

Très vite, le Snalc est monté au créneau et exige des éclaircissements sur ce type d’agissements. Le Snes dénonce quant à lui davantage le cynisme de cette démarche, qui est assumée pleinement, quand, habituellement, elle se fait en catimini.

Mouvement de panique au ministère

Comment peut-on en arriver là ? Comment peut-on qualifier des enseignants opposés à la réforme, parce que soucieux de garantir l’accès au latin, aux classes bilangues ou aux encore aux heures "plancher" des fondamentaux comme le français et les mathématiques, de "rebelles", d’"irréductibles" que l’on opposerait aux "progressistes" ?

En réalité, c’est un véritable mouvement de panique qui s’empare du ministère et des rectorats, qui voient la situation se dégrader sur terrain.

Certes, les manifestations ne mobilisent pas nécessairement des foules. Mais les enseignants ont trouvé une manière bien plus efficiente de marquer leur refus de cette réforme : la bataille sur le terrain et notamment dans les conseils pédagogiques, là où à présent tout se décide, notamment depuis que les établissements ont acquis une autonomie concernant les heures dispensées.

Un manque d’arguments

Le ministère demande des volontaires ? Il n’y en a pas.

Le ministère exige de faire des formations en dehors des heures de cours ? Les enseignants prennent le décret d’août 2014 qui rappelle les missions de l’enseignant, dans lequel ne figure nulle formation, puisque celle-ci est, comme pour tout salarié, un droit et non un devoir.

Le ministère explique que cette réforme va permettre de combattre les inégalités ? Les enseignants rappellent qu’en rognant sur les cours fondamentaux pour créer les EPI, ou en faisant des aides individualisées… En classe entière, le nouveau collège ne fera que photocopier les plaies béantes que la société crée.

À cours d’argument, et voyant le temps avancer à grands pas, le ministère commence à paniquer, car la réforme concerne tous les niveaux et ce dès septembre 2016.

Le gouvernement doit prendre conscience de son erreur

De là à en arriver à un fichage des enseignants ? On n’imagine même pas que ce fichage puisse exister sous la forme écrite, à moins de ne devoir demander à la Cnil de ne s’y intéresser vivement…

On se rappelle qu’il y a quelques années un Premier ministre de gauche s’était mis à dos l’ensemble des enseignants, notamment grâce à un fameux ministre de l’Éducation nationale, nommé Claude Allègre, que Jack Lang, son successeur, n’avait pas suffi à faire oublier. Son nom ? Lionel Jospin. Avec le résultat que l’on sait en avril 2002.

Faudra-t-il attendre les Régionales pour que le gouvernement prenne conscience de son erreur ?

Publié sur le Plus du Nouvel obs le 7 octobre 2015.

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Published by Yves Delahaie
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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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